Etudes et articles

Robin Cook (I)

Publié dans Etudes et articles Lundi 3 août 2009

Les hasards sont souvent surprenants. Alors que j’imaginais Robin Cook installé à Boston comme l’indiquait une jaquette d’un de ses livres, il était mon voisin. Il habitait en effet au cœur de l’Aveyron, département limitrophe au mien.


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Donald Westlake (1933-2008) 4e partie

Publié dans Etudes et articles Lundi 16 mars 2009

Trop humains

Trop humains, de Donald Westlake, pourrait s’apparenter, comme l’indique son éditeur, à un « frileur » apocalyptique. Dieu en a assez de ce monde et des humains qui l’habitent. Il faut y mettre un terme. Ananayel, un ange de seconde zone qui a tout du larbin médiocre, est envoyé sur terre. À lui de donner les coups de pouce judicieux pour inciter l’humanité à réaliser son autodestruction. L’ange va manipuler quelques humains, comme des pions, pour mener à bien sa mission: une employée de banque en mal d’amour, un pompier russe irradié à Tchernobyl, un jeune dissident chinois, un cambrioleur américain récemment libéré, une chanteuse brésilienne activiste et une prostituée kenyane. Sur sa route, il va affronter quelques envoyés du démon qui veulent garder le monde comme il est, avec sa vermine… Westlake, d’ordinaire spécialiste des romans noirs à l’humour frénétique, n’a pas son pareil pour animer cette épopée planétaire qui se dévore d’une traite. Même s’il se veut plus grave pour décrire ce qui va mal sur notre planète, on retrouve au fil des pages son imagination prodigieuse, sa fantaisie permanente qui dissimule un pessimisme profond. Ses marques de fabrique en quelque sorte.

LARRY BEINHART – Le Bibliothécaire & Reality Show

Publié dans Etudes et articles Lundi 16 mars 2009

Après Bush père dans REALITY SHOW, c’est au tour de son fils dans LE BIBLIOTHECAIRE. Deux romans passionnants signés par Larry Beinhart, analysent avec minutie la façon dont l’administration américaine manipule l’opinion. Lire la suite »

L’Ecologie et le polar (II)

Publié dans Etudes et articles Jeudi 19 février 2009

Cruelles natures

La santé de la planète est aujourd’hui une exigence qui se manifeste de façon quotidiennee. Le sujet est également devenu actuel dans le roman noir et Pascal Dessaint s’en fait l’écho dans un de ses derniers livres. Lire la suite »

Premiers romans de Paco Ignacio Taibo II

Publié dans Etudes et articles Mercredi 11 février 2009
Paco

c’est drôle et c’est beau

En octobre 1988, invité à Grenoble, au 10e Festival international du polar, je m’étais installé, lors du repas d’ouverture, à la table des sudistes : Manuel Vasquez Montalban, Juan Madrid, Andreu Martin (les Espagnols) ; Marco Tropea, Laura Grimaldi (les Italiens). Il y avait aussi un certain Paco Ignacio Taibo 2, venu du Mexique. De petite taille, à la silhouette trapue, le visage barré d’une épaisse moustache, il virevoltait avec un dynamisme étonnant.

Au hasard de la conversation nous avions échangé quelques propos sur le syndicalisme dans son pays.- militants enlevés et assassinés par des commandos. Un climat assez différent de ce que nous vivions en France. J’obtins par la suite quelques informations sur ce romancier qui faisait mystérieusement suivre son patronyme du chiffre 2. Chez les Taibo, la littérature est une affaire de famille. Lorsque le jeune Paco décida d’écrire son premier livre à vingt-deux ans, son père,

Gijón Semana Negra 2007. Paco pousse une ranchera.

Gijón Semana Negra 2007. Paco pousse une ranchera.

Paco Ignacio Taibo, était déjà un écrivain très connu au Mexique, dans le domaine du théâtre et de la sociologie. Tandis que le père devrait désormais accoler à son nom le numéro 1, le fils décida démocratiquement de s’attribuer le nombre 2.

Né en 1949 en Espagne, à Gijón, province des Asturies, dans une famille très engagée dans la lutte contre le franquisme, le petit Paco va débarquer au Mexique à l’âge de neuf ans lorsque ses parents et grands-parents décident de s’exiler en 1958. Dix ans plus .tard, on le retrouve dans le mouvement estudiantin mexicain de 1968. Une année fétiche pour lui, «  l’âge de l’espoir «  qui le marquera de façon indélébile, comme en témoignent plusieurs de ses livres. En 1969, il débute dans l’écriture et alimente, comme journaliste indépendant, de nombreuses publications. Quelques années plus tard, il enseigne l’histoire à l’université de Mexico. Mais il dirige aussi des collections policières en Espagne et au Mexique et depuis 1991, préside aux destinées de l’Association internationale des écrivains de polar (Aiep). Et ce diable d’homme arrive encore à écrire. Bilan actuel : une douzaine d’ouvrages historiques, des recueils de nouvelles, des anthologies journalistiques et une vingtaine romans qui s’apparentent au genre noir. Nous pouvons désormais découvrir une partie de son oeuvre, car, plusieurs d’entre eux ont été traduits en France.

Ombre de l’ombre, écrit en 1986, se situe à Mexico en 1922. Le général Carranza a été remplacé au pouvoir par le général Obregon, mais les affrontements se poursuivent en coulisse, rythmés par la corruption et les intrigues de militaires avides de pouvoir. Pour recréer cette époque troublée, Paco Ignacio Taibo 2 met en scène quatre amis qui symbolisent diverses couches de la société mexicaine : un journaliste spécialisé dans les faits divers, un avocat défenseur des prostituées, un poète, né à Gijón comme son créateur, qui gagne sa vie en composant des slogans publicitaires pour les journaux («  contre la blennorragie, notre traitement Agir. Action rapide, résultat garanti « ), et un ancien marin, d’origine chinoise devenu travailleur du textile et délégué syndical. Entre deux parties de dominos dans le bar de l’hôtel Majestic, les quatre compères vont se trouver alternativement témoins de plusieurs meurtres qu’ils élucideront en mettant en commun leurs informations respectives et leurs déductions.

Ombre de l’ombre possède déjà plusieurs aspects bien caractéristiques de son auteur. Le premier consiste à imbriquer l’enquête dans une reconstitution historique, comme le fait chez nous Didier Daeninckx. Ici, nous découvrons un Mexique en pleines convulsions postrévolutionnaires (le poète a ainsi combattu trois ans aux côtés de Pancho Villa), avec au cœur une conspiration militaire et l’affrontement entre patronat et classe ouvrière dans plusieurs scènes : manifestation des taxis et chauffeurs de maîtres réprimée par l’armée ; grève générale des ouvriers du textile, organisée par la Cgt anarchiste, pour obtenir la libération d’un responsable syndical emprisonné. Le récit ne se départit jamais d’un humour féroce comme cette description d’un bal de la Cgt où les ouvriers sont venus dans leurs plus beaux atours avec «  sous le gilet, le pistolet. Un ruban rouge à la boutonnière :: Ni dieu, ni maître « .

On trouvera aussi quelques personnages secondaires hauts en couleurs : une veuve nymphomane et empoisonneuse, une hypnotiseuse fourbe, un éjaculateur à distance. Paco Ignacio Taibo 2 n’est pas avare de baroque et se permet toutes les fantaisies avec le genre, même s’il en respecte les codes. Son livre s’achève sur une vision pessimiste, et nos quatre amis, conscients qu’ils ont été floués, n’ont plus que leurs grands éclats de rire à opposer à leurs désillusions : «  Combien d’autres, barbotant dans le sang, faisaient-ils des affaires et des trafics grâce à la Révolution « .

La Vie même, paru en 1987, renoue avec l’histoire présente par l’entremise de la ville minière imaginaire de Santa Ana. «  Une librairie (!), 11 cinémas, 11 bordels (reconnus et stables), 3 stations de taxis, 117 crimes passionnels par semestre, 1654 mariages par an, 231 000 habitants, 21 églises28% de la production d’étain du pays, un cirque tous les deux mois, une municipalité rouge qui a gagné les élections par 86000 voix contre 12000 il y a trois ans.

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Le maire, un jeune docteur, fatigué de voir ses chefs de la police municipale se faire assassiner, va solliciter à Mexico un célèbre écrivain de polar, José Daniel Fierro. L’homme aura ainsi l’expérience du crime et, compte tenu de sa notoriété, les fascistes y regarderont à deux fois avant d’attenter à ses jours. J.D. Fierro accepte la nomination, bien qu’il ne connaisse rien à cette fonction (il ne sait même pas se servir d’une arme).

Mais là encore, à l’instar du livre précédent nous n’aurons pas affaire à un détective solitaire, mais à un collectif. Le chef de la police sera assisté de plusieurs adjoints hilarants, comme Barrientos, dit l’aveugle, «  car à 40 mètres, il pète les couilles d’une mouche avec un 45 « .

Si Ombre de l’ombre comptait 56 chapitres, la Vie même en comprend 63 qui alternent l’enquête criminelle (une jeune photographe américaine, Anne, retrouvée nue et assassinée dans une église) avec des récits sur la vie de Santa Ana, des lettres de J.D. Fierro à son épouse Ana (elle le menace de divorce pour avoir accepté son poste) et les notes qu’il constitue pour écrire un jour l’histoire de cette municipalité rouge qui, au terme du récit, appellera à la grève générale et illimitée à la suite de sa destitution par le conseil d’Etat. Et le lecteur ne saura jamais si J.D. Fierro a vécu son épopée par l’entremise d’un de ses romans ou s’il est vraiment passé du rêve à la réalité, comme le souhaitait le journaliste de la Vie même, estimant qu’ » on ne peut pas être un observateur toute sa vie ou peut-être que si. Mais dans ce cas, il faudrait être un observateur actif, pas passif « .

À quatre mains,composé sur une période de trois ans, est le roman le plus foisonnant de Taibo : 429 pages divisées en 136 chapitres, avec plusieurs histoires indépendantes qui, au final, vont se combiner en un puzzle gigantesque duquel on ressort étourdi et ravi. Au centre du récit, deux journalistes, l’Américain Greg Simon et le Mexicain Julio Fernandez, unis par une amitié aussi forte que leur entêtement à «  chercher les révolutions aux quatre coins du monde pour en tomber amoureux « . Le méchant de l’histoire est un certain Alex. Formé par la CIA, il a créé lui-même le SD, une officine spécialisée dans l’intoxication. Il monte un gros coup pour compromettre un officier sandiniste dans un trafic de drogue afin de déstabiliser le gouvernement du Nicaragua. Autour de ces personnages essentiels à l’intrigue, on verra apparaître Stan Laurel (il assistera à l’assassinat de Pancho Villa, le 19 juillet 1923), Houdini, Léon Trotski (aux prises avec l’écriture d’un polar qui restera inachevé), Vassiliev, Longoria et Max Lewis, trois octogénaires des Brigades internationales, et en prime nous aurons l’histoire de Sandokan (1), le Malais qui lutte contre le colonialisme.

Là encore, l’érudition historique le dispute à l’imagination débridée, aux propos jubilatoires et au combat pour l’émancipation de l’individu. Là encore, l’humour de notre romancier mexicain fait merveille : l’officine SD signifie Shit Department, autrement dit «  le département de la merde « , car le but du jeu consiste à «  remplir de merde la cour de l’adversaire et envoyer ensuite quelqu’un qui s’offre providentiellement pour la nettoyer « . Les noms de code des officiants dévolus à cette mission sont tout droit issus des studios Walt Disney, et l’opération d’intox sera baptisée «  Blanche Neige et les sept nains « . Cet ensemble monumental est également parsemé d’hommages discrets à quelques amis (2) et de multiples allusions au cinéma et à la littérature, que nous captons comme autant de clins d’œil amicaux. Immense fresque aux facettes multiples, en apparence désordonnée, à quatre mains se lit aussi comme une sorte de bilan des révolutions trahies et se conclut sur l’espoir : «  Ils ne réussiront pas à nous tuer.. parce que d’autres rêveront qu’ils sont nous « .

(1) Sandokan est un héros créé par le romancier italien Emilio Salgari

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2) Un des journalistes de Ombre de l’ombre a pour nom Juan Antonio de Blas, auteur du roman L’Arbre de Guernica paru à l’Atalante. Dans un autre ouvrage de la série consacrée à son détective privé baso-irlandais Hector Belascoaran Shayne, un majordome français s’appelle François Guérif (directeur des éditions Rivages/Thriller et Rivages/Noir).

Rencontre avec Claude Mesplède

Publié dans Etudes et articles Vendredi 6 février 2009

par Cathy Fourez mars 2005

A l’occasion du Festival de Saint-Quentin en Yvelines, Cathy a rencontré Claude Mesplède, figure bien connue des amateurs de polars, auxquels il lui plait de s’affilier.

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Donald Westlake (1933-2008) 3e partie

Publié dans Etudes et articles Mercredi 4 février 2009

Les Sentiers du désastre

Dortmunder, le héros bougon de Westlake est de retour. A la tête de sa bande de bras cassés, ils’apprête à faire LE casse qui doit tous les rendre riches. Comme d’habitude, beaucoup de bonne volonté et d’imagination débridée, pour beaucoup de malchance et peu de résultat, le seul qui vaille étant le plaisir du lecteur à retrouver ces personnages drôles et déclalés de cet auteurde polars génial .De quoi s’agit-il cette fois. Tout simplement de voler les voitures anciennes luxueuse et très onéreuses de Monroe Hall, un paria du monde des affaires, condamné par la justice et totalement délaissé par ses bons amis d’autrefois… du temps où il était riche, très riche. Lire la suite »

Donald Westlake (1933-2008) 2e partie

Publié dans Etudes et articles Mercredi 4 février 2009

II. Les Personnages

John Archibald Dortmunder

westlake-pourquoi-moiLors de sa première apparition, dans Pierre qui brûle (The Hot Rock, 1970), Dortmunder est âgé de trente-sept ans. Chômeur depuis de longues années, il monte régulièrement des coups (toujours sans arme) pour pouvoir subsister. Mais ses expéditions se révèlent la plupart du temps infructueuses. Ainsi, durant le cambriolage d’un magasin de fourrure, il se trompe d’étage ou bien la boutique qu’il a décidé de voler a fait faillite entre le moment du repérage et celui du vol. Personnage malchanceux, il ne se laisse pas pour autant ébranler par les événements malheureux qui marquent son existence.

Il vit aux crochets de sa compagne May, caissière chez Bohack, la grande surface où ils se sont rencontrés. Elle l’avait surpris en train de voler mais, émue par son air abattu, elle ne l’a pas dénoncé et l’a laissé repartir après avoir glissé du fromage en tranche et de la mortadelle sous ses aisselles.

Les associés de Dortmunder sont plus infortunés encore que lui : Andy Kelp (Andrew Octavian), notamment, est un véritable porte-poisse qui attire toute la guigne du monde sur l’équipe. Cette sympathique bande de ratés a l’habitude de se réunir dans l’arrière-salle du bar-grill O.J. d’Amsterdam Avenue, où officie le barman Rollo.

Chaque compagnon a sa boisson préférée : Dortmunder, le double bourbon glaçons, spécial maison Amsterdam ; Tout P’tit (Tiny Bulcher), une grosse brute, la vodka vin rouge ; Ralph Winslow, le whisky de seigle à l’eau plate ; et Stan Murch, la bière à laquelle il rajoute du sel pour augmenter la mousse. Ce dernier, comme sa mère M’ma Murch (chauffeur de taxi), est un cinglé de voiture (il en vole souvent qu’il refile à des vendeurs d’occasion) et passe le plus clair de son temps à écouter des disques de courses automobiles d’Indianapolis pour griser ses tympans de pétarades. Peut-être est-ce pour cette raison qu’il habite en bordure du périphérique.

Dortmunder peut aussi compter, suivant les événements, sur Roger Chefwick, un passionné des modèles réduits de trains H.O. ; Alan Greenwood, comédien de télévision et casseur à l’occasion ; Herman X., un Noir activiste gauchiste, ou encore Victor, le neveu de Kelp, renvoyé du FBI pour avoir inondé de suggestions la boîte à idées. Quelle que soit la composition de l’équipe, on peut être assuré que le coup se terminera de façon catastrophique, mais toujours dans la joie et la bonne humeur.

POUR EN SAVOIR PLUS

Pierre qui brûle (The Hot Rock, 1970) Série Noire n° 1392 (1971) et sous le titre Pierre qui roule nouvelle traduction Rivages/Noir n° 628 (2007) ; Le Paquet (Bank Shot, 1972) Série Noire n° 1551 (1973) ; V’là aut’ chose ! ( Jimmy the Kid, 1974) Super Noire n° 34 (1976) et sous le titre Jimmy the Kid, traduction intégrale Rivages/Noir n° 554 (2005) ; La Joyeuse magouille (Nobody’s Perfect, 1977) S n° 114 (1978) ; Ça n’arrive qu’à moi (Why Me ?, 1983) Série Noire n° 1946 (1984) et sous le titre Pourquoi moi ?, traduction intégrale Rivages/Noir n° 601 (2006); Le Ciel t’aidera ? (Good Behavior, 1985) Série Noire n° 2120 (1988) ; Histoire d’os (Don’t Ask, 1993) Rivages/Thriller (1996) ; Au pire qu’est-ce qu’on risque ? (What’s the Worst That Could Happen ?, 1996) Rivages/Thriller (2001) ; Mauvaises nouvelles (Bad News, 2001) Rivages/Thriller (2002); Les Sentiers du désastre (The Road to Run, 2004) Rivages/Thriller (2006).

Parker

Il est rare qu’un truand devienne héros de série. Parker, créé en 1962 par Donald Westlake, fait partie de ces westlake-point-de-non-retourexceptions. Sa saga compte dix-huit aventures. Son créateur, qui signa ses ouvrages du pseudonyme de Richard Stark, le présente ainsi : « Un personnage de la Dépression, une sorte de Dillinger mythifié devenu machine. » Parker est un criminel, certes, et qui vit du grand banditisme. Mais il n’agit pas comme un professionnel et ressemble plutôt à un artisan indépendant ; il revendique avec force un individualisme qui frise l’anarchisme. Pourtant, son refus de s’intégrer est avant tout une arme contre la mainmise de la Mafia sur le monde souterrain. Son indépendance est son bien le plus précieux. Son physique au charme trouble est fascinant : massif et poilu, les épaules droites et carrées, les bras trop longs, le visage comme « un bloc de béton mal taillé, percé de deux yeux d’onyx pailleté, la bouche, une cicatrice exsangue… » S’il tue, c’est toujours pour préserver sa sécurité. Il le fait avec un incroyable sang-froid, une attitude qui le caractérise pleinement : « Jamais d’amour, jamais de haine pour personne. » D’ailleurs Westlake n’a pas donné de prénom à son personnage, qui vit dans une solitude totale, comme s’il avait voulu le priver de la possibilité d’une intimité et d’une vie affective. Sa solitude fait sa force, notamment face à l’Organisation. Parker, intelligent et efficace, possède un magnétisme singulier.

Autre personnage de cette série, Grofield est un homme de théâtre. Méticuleux, veillant à mettre tous les atouts de son côté, il se garde bien de tuer qui que ce soit. L’argent que lui rapportent les coups auxquels il participe lui sert à poursuivre ses activités artistiques. Il apparaît à diverses reprises aux côtés de Parker et est à l’honneur dans quatre titres : L’Oiseau noir, Les Citrons ne mentent jamais, La Demoiselle et La Dame.

A la fin des années 1990, Westlake a repris le personnage de Parker dans cinq nouvelles aventures : Comeback (1997) ; Backflash (1998), Payback (1999), Flashfire (2000) et Firebreak (2001).

POUR EN SAVOIR PLUS

westlake-mise-a-sacComme une fleur (The Hunter, 1962) Série Noire n° 808 (1963) ; Peau neuve/Parker fait peau neuve (The Man with the Getaway Face, 1963) Série Noire n° 854 (1964) et Carré Noir n° 184 (1974) ; La Clique/Parker part en croisade (The Outfit, 1963) Série Noire n° 870 (1964) et Carré Noir n° 185 (1974) ; Pour l’amour de l’or (The Mourner, 1963) Série Noire n° 885 (1964) ; En coupe réglée/ Parker fait main basse (The Score, 1964) Série Noire n° 958 (1965) et Carré Noir n° 186 (1974) ; Rien dans le coffre (The Jugger, 1965) Série Noire n° 1025 (1966) ; Le Septième homme (The Seventh, 1966) Série Noire n° 1089 (1966) ; Sous pression/ Parker rafle la mise (The Handle, 1966) Série Noire n° 808 (1963) et Carré Noir n° 187 (1974) ; Travail aux pièces (The Rare Coin Score, 1967) Série Noire n° 1187 (1968) ; La Demoiselle (The Damsel, 1967) Rivages/Noir n° 41 (1987) ; Le Divan indiscret/Parker reprend son vol (The Green Eagle Score, 1967) Série Noire n° 1207 (1968) et Carré Noir n° 188 (1974) ; Blanc-bleu noir (The Black Ice Score, 1968) Série Noire n° 1260 (1969) ; La Dame (The Dame, 1969) Rivages/Noir n° 170 (1993) ; Un petit coup de vinaigre (The Sour Lemon Score, 1969) Série Noire n° 1309 (1969) ; L’Oiseau noir (The Blackbird, 1969) Série Noire n° 1401 (1971) ; Le Défoncé/Parker sonne l’hallali (Deadly Edge, 1971) Série Noire n° 1449 (1971) et Carré Noir n° 189 (1974) ; Les Citrons ne mentent jamais (Lemons Never Lie, 1971) Série Noire n° 1457 (1971) ; Planque à Luna Park (Slayground, 1971) Série Noire n° 1472 (1972) ; Portraits gratis (Plunder Squad, 1972) Série Noire n° 1613 (1972) ; Signé Parker (Butcher’s Moon, 1974) Super noire n° 23 (1974) ; Comeback (Comeback, 1997) Rivages/Thriller (1998) ; Backflash (Backflash, 1998) Rivages/Thriller (2001) ; Flashfire (Flashfire, 2000) Rivages/Thriller (2003) ; Firebreak (Firebreak, 2001). Rivages/Thriller (2005)

Mitch Tobinwestlake-couve-tucker-coe

Créé en 1967 par Westlake sous le pseudonyme de Tucker Coe, Mitch Tobin est présent dans cinq romans. C’est un flic cassé pour faute grave. Son adjoint a été tué par un gangster pendant qu’il prenait du bon temps avec la femme d’un truand emprisonné. Sans travail, Tobin se sent doublement coupable: il vit aux crochets de sa femme alors qu’il estime l’avoir trahie. Bon enquêteur, il n’obtient cependant pas sa licence de privé. Il occupe son temps à tenter d’expier sa faute en construisant un interminable mur dans son jardin et en creusant un second sous-sol dans sa cave. Il est parfois arraché à cette nouvelle tombe de Caïn par des marginaux qui ne peuvent s’adresser ni à la police, ni à un privé.

POUR EN SAVOIR PLUS

[série mitch tobin/ sous le pseudonyme de tucker coe] Chauffé à blanc (Kinds of Love, Kinds of Death, 1967) Série Noire n° 1176 (1968) ; Le Sang des innocents (Murder among Children, 1968) Série Noire n° 1235 (1968) ; Alerte aux dingues (Wax Apple, 1970) Série Noire n° 1377 (1970) ; Tantes à gogo (A Jade in Aries, 1970) Série Noire n° 1452 (1971) ; Le Poster menteur (Don’t Lie to Me, 1972) Série Noire n° 1590 (1973).

Donald Westlake (1933-2008)

Publié dans Etudes et articles Mercredi 4 février 2009

I. L’Oeuvre

Né dans le quartier de Brooklyn, il n’a jamais quitté New York. Depuis 1979 il habite Greenwich Village, un lieu célèbre de la Grosse Pomme et s’est acquis la réputation d’être un écrivain drôle. Parmi la centaine de titres dont il est l’auteur, une majorité s’articule autour d’un comique de situation devenu sa marque singulière. Mais Donald Westlake est bien davantage qu’un amuseur et ses polars pleins d’humour constituent souvent une critique féroce de la société américaine. Lire la suite »

PASCAL DESSAINT profession écrivain

Publié dans Etudes et articles Mercredi 28 janvier 2009

Ce texte, est né d’une demande du Centre régional des Lettres Midi-Pyrénées, pour le premier numéro de sa revue Tire Ligne parue en mai 2008.

Comment écrire un portrait de Pascal Dessaint ? Pascal, mon ami depuis seize ans déjà et avec qui j’entretiens une relation solide, nourrie de complicités et de points de vue similaires sur la société. Je crains fort que mon portrait assorti de digressions dont je suis friand, ne soit pas très objectif. Je suis au moins sûr d’une chose : Pascal, l’une des meilleures plumes du polar français, figure parmi le carré d’as des stylistes du genre mais pour en arriver là, il a travaillé dur. Cadet d’une famille de six enfants, c’est un fils de mineur. Je connais au moins trois autres collègues issus des mêmes racines : Freddy Michalski, le premier traducteur de James Ellroy en France, Francis Mizio auteur de polars humoristiques et William McIlvaney, poète écossais majeur, créateur du personnage de l’inspecteur Laidlaw. J’aime ces quatre hommes pour leurs divers talents mais en premier lieu parce qu’ils n’ont jamais oublié leurs origines sociales. William McIlvaney que je fréquente depuis plus de vingt ans a signé un authentique chef d’œuvre, Docherty, qui raconte l’histoire d’une famille de mineurs écossais durant le premier quart du XXe siècle. Un soir, c’était au festival de Frontignan, je félicitais William pour ce roman en lui disant « c’est bien de ne pas avoir oublié d’où tu viens, de ne pas renier ta classe comme certains le font ». Il a souri, m’a embrassé sur le front avant de m’offrir un whisky au bar. No comment !

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