Débuter en Polar

LES CENT ROMANCIERS DE 813

Publié dans Débuter en Polar Jeudi 14 janvier 2010

L’association 813, seule organisation au monde à rassembler à la fois les auteurs de polars et les lecteurs, a organisé un Top 100. Ce projet, mis en forme ces derniers mois, a permis de déterminer les auteurs les plus appréciés des adhérents. Chaque participant devait établir sa propre liste avec une centaine de noms. Au total, plus d’un millier d’auteurs ont été cités. Ceux qui l’ont été le plus souvent figurent dans ce premier Top 100 du polar. Et comme nous sommes concrets à 813,  un numéro spécial de la revue de l’association est en préparation. Il présentera la centaine d’œuvres arrivées en tête, cette présentation étant collective car chaque participant au vote a accepté d’écrire sur tel ou tel titre. L’ami Jean-Marc Laherrère qui anime avec brio le site ACTU DU POLAR, est chargé de coordonner ce numéro. Nous vous informerons de sa sortie en 2010. Mais au fait, si vous n’êtes pas encore adhérent, vous pouvez le devenir dès cette nouvelle année. Et allez visitez le site internet de 813, animé par l’ami Max Obione.


Thématik: ici on manipule…

Publié dans Débuter en Polar Mercredi 4 mars 2009

DE  LA MANIPULATION

COMME UN DES BEAUX ARTS

Trois romans abordent avec un égal bonheur le thème de la manipulation :

Tueuse à gages de Jacques Vettier se déroule dans la région grenobloise où un commando palestinien est aux   trousses d’un agent d’Israël alors que s’instaurent les accords de paix entre leurs deux pays.

Milac de Jean-Paul Demure où l’ancien ingénieur d’une société d’armement proche du pouvoir se voit    traquer   dans sa vie privée pour reprendre du service.

Monsieur Personne de Robert Deleuse qui dans une ambiance à la William Irish, dissèque avec minutie un procédé de programmation de la personnalité utilisé pour faire effectuer au cobaye des actions insensées. Trois bons livres pour les amateurs d’atmosphère étrange.

Jacques Vettier, Tueuse sans gages, Métailié, 207 pages°; Jean-Paul Demure, Milac, Rivages/noir n°240, 276 pages°; Robert Deleuse, Monsieur Personne, Métailié, 121 pages.

Lire Georges Simenon

Publié dans Débuter en Polar Samedi 7 février 2009

colonne-maigret

Pourquoi Jules Maigret est-il populaire ?

2007 fut considérée comme l’année Maigret avec le soixante-quinzième anniversaire (1) de la naissance de Jules-Amédée-François Maigret, commissaire divisionnaire de la PJ (police judiciaire), chef de la brigade criminelle, Quai des Orfèvres, à Paris. Un fabuleux policier, connu de toute la planète et qui a inspiré tant de clones ! N’avez-vous pas déjà lu dans la presse ce type de citation « untel considéré comme le Maigret écossais », ou encore « tel autre connu comme le Maigret italien ». Bref, l’homme a fait le tour du monde et pour célébrer son anniversaire, les éditions des Presses de la Cité ont publié à partir de l’année 2007, l’intégrale (2) de ses cent trois enquêtes en dix volumes qui rassemblent par ordre d’écriture les soixante-quinze romans et les vingt-huit nouvelles où Maigret apparaît. Lire la suite »

Cause toujours, le polar se porte bien !

Publié dans Débuter en Polar Samedi 31 janvier 2009

Qu’on me montre quelqu’un qui ne peut pas souffrir le roman policier : ce sera un pauvre type, un pauvre type intelligent – peut-être – mais un pauvre type tout de même.

RAYMOND CHANDLER (1949)

CHARLES DANTZIG : Extraits de l’article consacré au polar (page 673) dans le Dictionnaire égoïste de la littérature française, (Grasset et Fasquelle, 2005).

Les polars sont des romans à thèse. Il n’y a pas plus moral : la saleté du monde, personnifiée par un patron de PME de province partouzeur, un chef de clinique politicard et un évêque pédophile, est méticuleusement dénoncée par un inspecteur morose et mal rasé qui a pris une cuite la veille. Populaires, très bien traités par la critique, ils se croient subversifs.

Le mot polar est laid. C’est Balzac qui, à ma connaissance, a employé pour la première fois l’expression « roman noir » dans un sens finalement pas si lointain du sens actuel. C’est dans Modeste Mignon, qui raconte la tentative de faire épouser un écrivain célèbre par une jeune héritière de province.

[...] C’est curieux, cette épidémie de romans policiers. Cette vision populiste du monde. Elle a influencé les romanciers normaux et la littérature a été peu à peu infectée d’esprit policier, cette paresse de l’imagination : combien y a-t-il de narrateurs qui enquêtent sur un personnage, détectives soupçonneux à la posture modeste ? Ça n’arrange pas l’entente du monde avec lui-même, tout ça

Modeste Mignon de Balzac date de 1844 ; le Trésor de la langue française, à l’article noir, nous signale, dans sa partie étymologique : 1816 roman noir Journal des Débats, 8 août. Libre à Charles Dantzig de vilipender le polar mais au moins lorsqu’il cite des références, qu’il vérifie ses affirmations

CLAUDE SIMON : Paroles d’écrivains – Recueil d’entretiens d’André Bourin – « Le roman traditionnel, je le crois mort. Mais je peux me tromper. Pour ma part, je n’apprécie dans ce genre de littérature, que les romans policiers. Les autres, c’est toujours un peu « la marquise sortit à cinq heures » pour reprendre l’expression de Paul Valéry.

GILLES DELEUZE - On sait qu’une société capitaliste pardonne mieux le viol, l’assassinat, la torture d’enfant, que le chèque sans provision, seul crime théologique, le crime contre l’es­prit. On sait bien que les grandes « affaires» comportent un certain nombre de scandales et de crimes réels ; inversement le crime est organisé en affaires rigou­reuses, d’une structure aussi précise que celle d’un conseil d’administration, ou de managers. La Série noire nous a rendu familiers d’une combinaison affaires ­politiques-crimes qui, malgré toutes les preuves de l’Histoire ancienne et présente, n’avait pas reçu son expression littéraire courante…

ROBERT COOVER (Entretien avec François Armanet. Nouvel Obs., 18-25 juin 2008)

Pour désigner cette veine littéraire et cinématographique, nous n’avons toujours pas trouvé en an­glais de meilleur terme que « noir », nous qui pourtant employons si peu de mots français. « Black » aurait renvoyé à autre chose. «Thriller» est trop vague : un film d’aven­tures peut très bien être un thriller. Même un « film policier » n’est pas suffisamment précis. Le terme « noir » suppose cette vision pessimiste et labyrinthique des choses : sou­vent le film se termine mal ; parfois le détective ou l’enquê­teur ne découvre pas la vérité, parfois il est lui-même corrompu. Cette vision du monde lugubre et existentialiste s’attache à sa quête, ce qui est parfait pour un romancier. Si on veut explorer une construction mythologique, sans savoir ce qu’on va y trouver, qu’il s’agisse du Far West ou de la ville, il faut un explorateur. Le détective est idéal pour cette tâche : il cherche des réponses, tente de résoudre un mystère, de dénouer une situation.

SOMERSET MAUGHAM

Il se peut, lorsque les historiens de la littérature vien­dront à examiner la fiction produite au cours de la pre­mière moitié de ce siècle, qu’ils passent assez légèrement sur les compositions des romanciers « sérieux », pour tourner leur attention vers les réussites immenses et variées du roman policier… Ils se tromperont lourde­ment s’ils se contentent de l’attribuer au progrès de l’al­phabétisation qui aurait créé une masse considérable de nouveaux lecteurs, avides mais sans éducation ; ils seront obligés de reconnaître que le roman policier était aussi lu par des hommes de savoir et des femmes de goût. je pro­pose une explication toute simple : les auteurs de romans policiers ont une histoire à raconter et ils la racontent avec concision.

G.K. CHESTERTON – Le Défenseur

Il n’est pas vrai que la foule préfère la mauvaise littérature et qu’elle aime les histoires policières uniquement parce qu’elles sont mal écrites. La seule absence de raffinement artistique ne suffit pas à rendre un livre populaire. Les indicateurs de chemins de fer contiennent peu de reflets de poésie et cependant on ne les lit pas à haute voix pendant les soirées d’hiver.

VICTOR HUGO

Vous vous prenez la tête dans les mains, vous tâchez de voir et de savoir. Vous êtes la fenêtre dans l’inconnu. [ ...] L’homme qui ne médite pas vit dans l’aveuglement, l’homme qui médite vit dans l’obscurité. Nous n’avons que le choix du noir.

BERTOLT BRECHT

Celui qui constate que dix pour cent de tous les crimes ont lieu dans un presbytère s’écrit : « Toujours la même histoire ! », celui-là ne comprend rien au roman policier. L’originalité n’est pas là, bien au contraire, ce sont des variations sur des thèmes plus ou moins conventionnels qui constituent l’une des caractéristiques fondamentales du roman policier et qui confèrent une esthétique à ce genre. A notre époque, il n’y a peut-être d’ailleurs que le roman policier, parmi les productions d’un niveau artis­tique supérieur, à posséder la santé que représente un schéma..

ROBERT COOVER (Entretien avec François Armanet. Nouvel Obs., 18-25 juin 2008)

Ce qu’il y a d’intéressant dans le roman noir, c’est que la situation y est souvent inextri­cable, et que le crime peut ne pas être résolu, mais que la notion d’intégrité y est aussi centrale que tacite. Les héros n’expliquent pas, ne connaissent même pas les raisons de leur comportement, mais ne voient pas d’autre façon d’agir. S’il y a une grâce, une rédemption possible, elle ré­side dans cette intégrité de comportement. De même, les écrivains qui ne recherchent pas le profit financier, mais qui se lancent dans ce type de quête parce qu’ils s’y sen­tent obligés et que là réside pour eux la véritable littérature, n’ont guère que leur intégrité pour les pousser à continuer. Quant au style, c’est lui qui donne aux romans et aux films noirs leur pouvoir de fascination, et qui leur permet d’ex­céder le simple statut de divertissement éphémère. C’est vrai de Chandler et de Hammett, mais également du film noir avec son usage contrasté du noir et blanc, ses décors expressionnistes hérités du « Cabinet du docteur Caligari », son jeu sur les ombres, le clair-obscur, l’asphalte mouillé, tout cela crée un style profondément évocateur qui a transformé des films potentiellement ordinaires en œuvres extraordinaires et de passer à la postérité.

MICHEL LEBRUN (Pages d’agenda in Europe n° 571/572, 1976)

Edgar Poe l’a amplement démontré : l’histoire policière se doit d’être courte. Dès qu’elle s’allonge, la voilà toute encombrée d’éléments parasitaires : personnages et scènes annexes, bavardages, digressions amoureuses, politiques ou philosophiques, bref tirage à la ligne. Je n’ai jamais été aussi frappé par cette évidence que depuis que je me suis lancé dans un roman policier de 600 pages : je forge mon propre malheur.

RAPHAËL PIVIDAL

L’extension subversive du polar, son effet souterrain de destruction de la littérature classique est aidé par une règle non dite du genre :l’amour en tant que sentiment en est totalement exclu. On n’aime pas d’amour dans le polar [...]. Ce refus de l’élégie condamne une des veines les plus riches, une des inspirations les plus fécondes du roman classique et n’est pas sans effet sur le roman en général. Les littérateurs, même s’ils ne le pro­clament pas, lisent des polars et s’en inspirent. La mise à l’écart du discours amoureux, la syntaxe argotique, la vio­lence, le verbe au présent, les stéréotypes, la réalité déviée et déviante, tout cela contribue à déstabiliser le champ littéraire.

JEAN COCTEAU

Je lis beaucoup de romans policiers. je n’y cherche plus, hélas, le lyrisme absurde de Fantômas, le charme naïf d’Arsène Lupin, la tendresse mélancolique de Rouletabille, mais j’y trouve autre chose, une force phy­sique et un style moderne, une connaissance de l’âme, qui dépassent de loin ce que nos romanciers produisent. Je m’étonne en face d’oeuvres où une sorte de génie éclate, dans l’allure générale et dans le détail, qu’on les mésestime sous prétexte qu’elles figurent dans des col­lections populaires.

BRIGITTE AUBERT (Entretien avec J.M. David. Revue 813 n° 92, 2005).

Les souhaits du lectorat ? Non je n’y pense pas. J’écris d’abord pour moi et j’espère que d’autres ressentiront du plaisir à lire ce que je fais, que je parviendrai à communiquer cet espèce de frisson ludique.