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Chez le bouquiniste
De 1987 à 1989, j’ai été directeur littéraire de la collection bordelaise Le Mascaret noir. On peut encore trouver chez les bouquinistes des volumes de cette collection confectionnée à partir d’auteurs européens, à l’exception des romans écrits en anglais. On trouvait dans cette collection, deux romans français : Otage de Sébastien Devillers et Rebelles de la nuit de Marc Villard.
L’ami Marc est sympa. Lorsque j’ai démarré, il y a quelques années, Noir urbain, une nouvelle collection que m’avait confiée Henry Dougier, patron des éditions Autrement, le premier texte que j’ai reçu, Petite mort, rue Rambuteau, était signé Marc Villard. Il m’a toujours aidé au démarrage.
Pour revenir au catalogue du Mascaret, je lui trouvais belle allure avec, en complément aux titres déjà cités : -ky (allemand), Per Wahlöö (suèdois, deux titres), Giorgio Scerbanenco (italien), Andreu Martin (espagnol), Juan Madrid (espagnol, deux titres), avec hors collection le splendide recueil des Recettes immorales de Manuel Vasquez Montalban. Les neufs premiers titres de cette collection recueillirent quatre prix, ce qui n’était pas si mal pour un début. J’envisageais de poursuivre la collection avec des titres de Francisco Gonzalez Ledesma, Ombre de l’ombre le premier roman de Paco Ignacio Taibo le mexicain, ainsi qu’un ou deux auteurs russes. Hélàs, les patrons de la collection ne firent pas cas de ces propositions aussi pour partir de façon élégante (d’autant que ma contribution est toujours restée bénévole), j’ai confectionné un recueil de 20 textes en forme d’hommage à Robert Soulat, directeur de la série noire. Parmi les 20 il y avait Jean Amila, Anonyme (mon frère Pierre-Alain qui nous a quittés fin mai 2011), Joseph Bialot, Didier Cohen, Philippe Conil, Robin Cook, Didier Daeninckx; Jean-Paul Demure, Emmanuel Errer, Frédéric Fossaert, Thierry Jonquet, Eric Kristy, Gérard Lecas, Julius A Lion, Marie et Joseph, Michel J. Naudy, Jean-Hugues Oppel, Daniel Pennac, Jean-Bernard Pouy, Marc Villard et une préface de François Guérif. Le titre de l’ouvrage a été gracieusement fourni par J.B Pouy, surnommé Poupouille ainsi d’ailleurs que les vingt textes qui composent le recueil, ce qui me permet de dire qu’il y a de sacrés copains chez les polardeux, même si ça donne des boutons à deux ou trois pisse-froids qui n’ont pas la chance de vivre de telles amitiés.
La revue Mouvements a adopté ce bon usage qui consiste, de temps en temps, à consacrer l’essentiel d’un de ses numéros au polar. La livraison d’octobre abor-dait ce genre littéraire grâce à un dossier très complet composé d’une série d’articles qui permettent de corriger un certain nombre de contre-sens ou d’impréci-sions. Ce qui m’amuse et même me réjouit franchement, c’est de trouver sous la plume de divers critiques professionnels cette formule « c’est bien plus qu’un polar« . A croire que ces critiques n’ont encore pas compris que la littérature policière représente non seulement une intrigue avec son mystère et ses secrets, mais aussi une façon d’interroger le monde, d’ausculter la société, de raconter sa ville, son pays et les diverses catégories sociales qui en font partie.
Ecrire un polar est une façon de réfléchir, de s’interroger, de questionner les divers pouvoirs en place, de dévoiler les aspects cachés de la société, de montrer l’envers du décor, ce qui se cache derrière la façade pour susciter le doute et la réflexion chez le lecteur. Comme dit le grand Jim Harrison: « Pour comprendre le monde, j’écris sur lui. »
Et pour ironiser encore à propos des confusions relatives à la définition du roman noir, il y a ceux qui écrivent : »un roman noir très noir de chez noir ». Je leur propose aussi de dire « un roman d’énigme très énigme de chez énigme » ou encore « un thriller très thriller de chez thriller ». Ils devraient se rendre compte du ridicule de la formule. Ou bien il s’agit d’un roman noir ou bien d’une autre catégorie mais il n’existe pas de nuances du genre « très noir » ou « presque noir ». Il n’y a aucun dosage à mesurer car il est noir ou il ne l’est pas. Encore conviendrait-il de se mettre d’accord sur le contenu sousjacent de critique sociale que doit contenir un texte « noir ».
En savoir plus sur la revue Mouvements
http://www.mouvements.info/
C’est Byzance, deux éditos à une semaine d’intervalle. Sûr que ça ne durera pas avec le père Mesplède ! Possible mais pour l’instant, profitez-en, ça mange pas de pain et ça coûte pas cher. Pas cher, c’est aussi le cas pour un ouvrage confectionné par les libraires des diverses implantations de la chaîne Virgin, intitulé « 101 polars cultes ». Mis en vente vers la fin de mois de mars, le guide « 101 polars cultes », vendu 3,99 euros était classé dans le peloton de tête des ventes – chez Virgin, évidemment. J’ignore si l’objet est encore disponible mais j’en profite pour signaler à mes amis que je suis l’auteur de 99 des 101 présentations de ces polars cultes. Les titres de cette sélection ont été choisis par le team des libraires Virgin. J’ai aussi écrit une partie de l’édito tandis que mes camarades de la revue Alibi se sont attelés aux diverses présentations des genres qui composent le polar. Mais moi qui croyais en avoir fini en dix jours, j’en ai passé le triple. Là où j’ai perdu du temps, c’est pour rechercher des équivalences entre le livre traité avec deux autres ouvrages de même thématique et éventuellement deux films. Autre petit travail d’écriture, une page dans cette revue nouvelle, Alibi. En fait, elle commence à ne plus être totalement nouvelle avec trois numéros déjà parus et je le confesse, je suis très heureux d’avoir à rédiger chaque trimestre un billet où je mets en lumière de vieux polars qui méritent d’être redécouverts. Á propos de Alibi, c’est drôle car si vous écrivez Alibis au pluriel, vous trouverez une excellente revue, éditée au Québec, par la maison d’édition canadienne A Lire. Un riche contenu de 144 pages pour 10 dollars canadiens : 84 pages sont consacrées à de nombreuses nouvelles de qualité et le reste, soit soixante page concerne les critiques de livres. Une rubrique géniale, fruit des réflexions et des lectures de l’érudit Norbert Spehner, qui fut un collaborateur très efficace du DILIPO (1). Si vous gardez Alibi au singulier, là vous aurez droit à une revue française qui mêle fictions, informations, critiques littéraires, photos, entretiens, , enquêtes et faits divers.
Mais chaque article est en rapport avec le polar. Allez donc la feuilleter en librairie car cette nouvelle revue trimestrielle qui va vite devenir indispensable aux amateurs n’est pas vendue en kiosque. Et si vous hésitez encore, rendez-vous sur le site de l’ami Maugendre, surnommé Oncle Paul. J’ignore comment il arrive à parler de toutes les revues dans le détail et en exprimant toujours un point de vue original. J’ignore comment il fait aussi pour parler du jazz et de tous les supports traitant ce sujet. Je soupçonne cet individu d’avoir à sa disposition plusieurs clones, un peu comme dans ce bouquin d’espionnage (2) de l’ami Errer, alias Jean Mazarin, où un dictateur africain possédait plusieurs sosies afin de déjouer les attentats contre lui.
(1) DIctionnaire des LIttératures POlicières. (2) Safari-tueurs, je crois, collection Fleuve Noir espionnage.


Si vous ne connaissez pas encore Michael Dibdin (1947-2007), voici l’occasion de découvrir ce talentueux romancier anglais. Il a débuté en 1978 avec une splendide imitation de Conan Doyle (L’Ultime défi de Sherlock Holmes). Lire la suite »
État de siège
Ancien ouvrier métallurgiste de Chicago, Eugene Izzi s’est fait connaître en France par quatre traductions qui décrivaient de façon très réaliste la pègre de Chicago, avec une écriture rugueuse et hachée, parfaitement adaptée à son sujet. Dans ce roman, son avant-dernier, il décrit et analyse ce mal intolérable qu’est le racisme. Lire la suite »
East Buckingham, non loin de Boston, abrite le quartier des locataires, les Flats et celui de petits propriétaires, le Point. Aux Flats, l’avenir des habitants se résume aux allocations chômage de fin de mois. Au Point, on espère se faire une petite vie tranquille loin des voyous de « Cradeville ». Mais quelquefois, les enfants de ces deux quartiers aiment à se retrouver. C’est le cas de Jimmy Marcus et Dave Boyle des Flats et de Sean Devine de Point. Leurs familles se connaissent car les pères travaillent dans la même entreprise de chocolat… même si le père de Sean est contremaître et celui de Jimmy, simple ouvrier.
Un samedi de 1975, alors que les trois gamins se bagarrent dans la rue, deux prétendus policiers descendent de voiture, les sermonnent et se proposent de raccompagner le petit Dave chez lui. L’enfant ne réapparaît que quatre jours plus tard. Tous comprennent et se taisent. Dave, qui a subi le pire, se réfugie lui aussi dans le silence et la culpabilité. Vingt-cinq ans plus tard, l’assassinat de Katie, la fille de Jimmy Marcus, portera en écho le sceau de cet événement tragique et indicible. S’il délaisse ses personnages habituels (les détectives privés Patrick Kenzie et Angela Gennaro), Dennis Lehane n’abandonne pas pour autant ses thèmes favoris comme l’amour et la trahison, la faute, la culpabilité, le remord et la vengeance et livre là son chef-d’œuvre. Mystic River, dont Clint Eastwood a acheté les droits, c’est Shakespeare au cœur de l’Amérique avec, en son sein, les lumières et les ténèbres des hommes qui se défendent d’être des héros et n’aspirent qu’au bonheur
Tonino BENACQUISTA – Drôle, cynique et désespéré !
Antoine est un parasite professionnel. Il a trouvé, avec son acolyte Bertrand, le moyen de subsister en se retrouvant en première ligne de tous les cocktails parisiens qui fleurissent chaque soir dans la capitale. Au cours d’une de ces soirées, ils sont emmenés de force dans le bureau par l’organisateur de la fête qui leur propose un marché : Antoine disposera de quarante-huit heures pour retrouver un certain Jordan, individu dont ils utilisaient le nom pour s’incruster dans ces raouts mondains. Cet homme servira de monnaie d’échange pour que Bertrand recouvre sa liberté.
Malgré un début d’une grande drôlerie, le romancier livre un récit oscillant entre cynisme et désespoir. La description de la vie des noctambules parisiens qui s’apparentent à des vampires fait basculer le récit dans l’étrange et le fantastique. L’écriture alerte et l’imagination sans borne de Tonino Benacquista font de son cinquième roman une véritable réussite.
Veille de noël au 87e district (And All Through the House, 1994) a été publié en septembre 2000, format 14,5 x 17,5, texte et illustrations de 46 pages sous couverture cartonnée bleu illustrée sous emboitage ajouré (pour voir les illustrations). Ce récit est dédié « à mes petits-enfants Dean et Susan Hunter-Cutrona ». Lire la suite »
Le fin limier créé par Harry Kemelman est un rabbin du nom de David Small, chef religieux d’une communauté juive des environs de Boston. Entamé en 1964 par Vendredi on soupçonne le rabbin, ce cycle d’enquêtes s’est poursuivi jusqu’en 1978 avec six autres volumes dont chaque titre commençait par un des jours de la semaine. Jeudi le rabbin est sorti, dernier de la série et jusqu’alors inédit nous entraîne une fois encore au sein de la communauté très conservatrice de Barnard’s Crossing.
Harry Kemelman nous conte par le menu les démêlés et les intrigues qui se nouent pour que le conseil d’administration renvoie le rabbin, coupable aux yeux de certains de trop de mollesse. Ils lui reprochent aussi de se laisser vivre. Mais pendant ces magouilles, un riche habitant de la cité, connu pour son antisémitisme forcené, est retrouvé chez lui, assassiné. La police a plusieurs suspects en vue. Pourtant elle n’aurait certainement jamais démasqué le coupable sans les interventions efficaces du rabbin. Son bon sens, sa connaissance des écritures et sa dialectique talmudique appelée pilpoul font une fois de plus merveille. Comme dans les volumes précédents, cette espèce de travail ethnologique de l’auteur sur la vie de la communauté et ses traditions, tient davantage de place que l’enquête elle-même et rend jubilatoire la lecture de l’ouvrage.
Harry Kemelman. Jeudi, le rabbin est sorti (Thursday, the Rabbi Walked Out, 1978) 10/18 « Grands Détectives » n° 2026 (1989). Trad. Lazare Rabineau.
Un minable petit revendeur de drogue, George Waddy, est blessé griévement et perd la mémoire en sauvant la vie de Pauline. Cette mystérieuse jeune femme le ramène dans son village de Killman’s Landing pour le soigner. Un drôle de village surnommé Saigneville et fort de quatre cent et quelques âmes damnées qui vivent en autarcie. Ces villageois austères qu’on pourrait confondre avec de gentils quakers écolos sont en réalité de redoutables tueurs, membres d’une organisation criminelle, qui peuvent exercer leurs talents sur tout le territoire des Etats-Unis. A la solde du FBI, de la CIA et du KGB, ce sont eux qui ont éliminé Jesse James, Martin Luther King, Robert Kennedy, l’ex roi Farouk, le pape Pie XII et même le général de Gaulle ( !)
Dans ce village, les filles comme les garçons, à partir de douze ans, sont initiés aux armes à feu, aux technologies de pointe et à la pharmacologie. Les sommes colossales empochées à chaque contrat alimentent un compte spécial en Suisse. Une fois rétabli, George Waddy épouse Pauline et devient de ce fait membre de droit de la communauté. Il est alors prié de prononcer ses « vœux » qui feront de lui un tueur à gages chargé d’un premier contrat : éliminer l’attorney général des Etats-Unis. Mais rien ne va se passer comme prévu.
Roman étrange qui mêle politique-fiction, suspense, angoisse et mystère. Il est si captivant qu’on le lit d’une traite même si l’intrigue reste embrouillée et semée d’invraisemblances mais l’ensemble tient finalement bien la route.
William Judson. Les Saigneurs du village (Kilman’s Landing, 1976) Gallimard, Super noire n° 75 (1977). Trad. de Madeleine Charvet.
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