Carnet noir

PASCAL GARNIER (1949-2010)

Publié dans Actualités, Carnet noir Lundi 8 mars 2010
IL EXCELLAIT À SAISIR CES CROCHE-PIEDS DE LA VIE QUI FONT BASCULER UN DESTIN..

.Ce parisien arrêta ses études à l’âge de quinze ans pour visiter le monde : Afrique du nord, Moyen Orient, puis toujours plus à l’Est pour un voyage à l’étranger qui dura dix ans. Revenu en France, il pratiqua le dessin, la peinture, s’essaya comme parolier. À partir de 1985, Pascal Garnier écrivit pour la jeunesse (Contes gouttes et Un chat comme moi), publia deux recueils de nouvelles (L’Année sabbatique et Surclassement) puis son premier roman, Le Pain de la veille (1989). Son œuvre compte dix-sept romans, huit recueils de nouvelles et une quarantaine de livres pour la jeunesse.

Pascal refusait les étiquettes et ne se considérait pas comme un auteur de polars. Pour tout dire, les querelles entre littérature blanche et littérature noire l’indisposaient. Ce qui n’a pas empêché les amateurs du genre de l’annexer après la publication de ses premiers romans dans la

collection policière du Fleuve Noir : un quadra tue sa mère pour hériter puis propose le même service à ses amis dans le besoin (La Solution esquimau,1996) ; un individu très ordinaire est victime d’un engrenage fatal (La Place du mort, 1997). Ce qui intéressait Pascal « c’était le croche-pied de la vie qui fait basculer un destin » et dans chacun de ses romans, il s’ingéniait à saisir cet instant où tout chavire. Il excellait dans le registre des destins avortés et petits dérapages sans contrôle d’individus solitaires aux vies minuscules. Et sa voix, sa façon de raconter, c’est-à-dire son écriture, s’accordait parfaitement avec son sujet. Un style épuré, minimaliste, mais une manière rare, malgré cette économie de moyens, de choisir le mot juste pour susciter chez le lecteur l’émotion avec des brins de poésie et parfois des situations ou des trouvailles littéraires qui n’engendraient pas la mélancolie. Derniers titres parus : La Théorie du panda (Prix du meilleur roman, salon polar Montigny-les-Cormeilles 2008) ; Lune captive dans un œil mort (Prix des lycéens de Rhône Alpes 2009) ; Le Grand Loin (2010).

Pascal Garnier, Alfred Eibel, Nadia Dhoukar, Claude Mesplède à Cognac

LE PÈRE DE SPENSER EST MORT

Publié dans Carnet noir Samedi 23 janvier 2010

LUNDI 18 JANVIER 2010, LE ROMANCIER ROBERT B. PARKER EST MORT ALORS QU’IL ÉCRIVAIT UNE NOUVELLE AVENTURE DE SON DÉTECTIVE PRÉFÉRÉ, SPENSER.

Robert Brown PARKER voit le jour le 17 septembre 1932 à Springfield (Massachussets). Études au Colby College de Waterville (Maine) et à l’université de Boston. Maîtrise (1957), doctorat (1971). Service militaire (1954/56), notamment en Corée. Rédacteur technique chez Raytheon Company (1957/59), dans une compagnie d’assurances (1959/62), parallèlement associé de la Parker Farman Company, une agence de publicité (1960/62). À partir de cette date, enseignant dans divers établissements dont l’université Northeastern de Boston jusqu’en 1979, date à partir de laquelle il se consacre entièrement à l’écriture.

Il vient au roman policier par le biais de sa thèse de doctorat, The Violent Hero, Wilderness Heritage and Urban Reality: A Study of the Private Eye in the Novels of Dashiell Hammett, Raymond Chandler and Ross Macdonald, puis conçoit son propre détective qui, à l’instar de Marlowe, porte le nom de Spenser, un poète élisabéthain. Influencé par Chandler et Hemingway, Parker reconnaît que pour tracer le portrait de son personnage, il s’est aussi inspiré de Rex Stout, de Faulkner, de Hammett et de Shane, le cow-boy mythique créé par Jack Schaefer et interprété à l’écran par Alan Ladd. Spenser est un détective privé qui opère à Boston et dans ses environs avec l’aide de Hawk, un Noir aussi grand que lui, le crâne rasé. C’est un adepte du jogging et de l’haltérophilie. Il a une liaison amoureuse avec Susan Silberman et aime la bière Amstel et les bons petits plats qu’il se mijote de temps à autre. Grave défaut: il boit le vin rouge glacé: «…je savais que les connaisseurs en vins me considéraient comme un barbare, mais j’en avais pris l’habitude et j’aimais le vin rouge frais» (Le Disparu).

Dans sa première enquête, il est chargé par le recteur d’une université de retrouver The Godwulf Manuscript (1973), datant du moyen âge. Dans la suivante, Le Disparu , il est engagé par un entrepreneur du bâtiment pour retrouver son jeune fils. Dans Base-ball boum!, il cherche à découvrir si la vedette de base-ball de l’équipe des Red Sox s’est laissée corrompre ou si elle est victime d’un chantage. Dans Promised Land, Edgar 1976, il doit ramener une jeune femme au domicile conjugal. The Judas Goat (1978) raconte la longue traque de Spenser à travers le monde pour retrouver les terroristes internationaux qui ont tué la femme et la fille d’un riche industriel, paralysé à la suite d’un attentat. Il sert de garde du corps à Rachel Wallace, une romancière féministe militante (Ramdam-Dame), puis à Candy Sloane, une journaliste qui a découvert un gros scandale dans les milieux du cinéma hollywoodiens (La Belle et les ténèbres). Dans Printemps pourri, il est sollicité par une mère divorcée pour ramener son fils que le père, malgré une assignation, garde caché. Il recherche une jeune fille qui a quitté sa famille et se prostitue (La Fugueuse enchantée), sert de garde du corps à un politicien que le comportement de sa femme risque d’handicaper pour le poste de sénateur (Un peu de discrétion), affronte les membres d’une secte (À coups de goupillon), et part en Californie au secours de sa chère Susan, séquestrée dans la forteresse d’un milliardaire (Sous les ailes de l’aigle), etc.

Les enquêtes de Spenser, on le voit, se suivent et se ressemblent dans leur banalité, car Robert Parker ne se considère pas comme un écrivain policier. À ce propos, il écrit: «je ne suis pas tellement intéressé par le roman policier. mais je m’attache aux personnages et au comportement humain… le crime est simplement un prétexte à l’action du héros. Et l’action est simplement la dramatisation de son caractère. Et ce qui m’intéresse c’est son caractère». C’est donc du côté de Ross MacDonald (voir Kenneth Millar) que vient l’influence majeure: la famille riche et décadente de The Godwulf Manuscript, les ménages brisés et les enfants paumés du Disparu et de Printemps pourri, tout cela rappelle le monde de Lew Archer. L’originalité de l’œuvre parkerienne tient à l’importance accordée à la femme, dotée ici d’un rôle adulte. Ayant observé que la littérature américaine traite souvent d’un monde où la femme est absente, Parker voulait écrire sur l’amour, «voir si le héros américain pouvait être un homme total… un homme complet, sans perdre les valeurs de l’enfance. S’il pouvait affronter l’âge adulte en assumant le pouvoir d’aimer aussi bien que le pouvoir de tuer». C’est pourquoi chaque récit consacre une place, parfois envahissante, aux relations entre Spenser et Susan Silverman qui vivent de bons et de mauvais moments comme un couple qui se cherche, se construit, avec ses ruptures et ses réconciliations. Le Cor sonne le glas, qui ne fait pas partie de la série des Spenser, est une contribution au thème westernien de la poursuite, et à celui, plus proche de nous, de l’autodéfense. Un écrivain, témoin d’un crime, est menacé par un gang. ll choisit de se retourner contre ses poursuivants et de les tuer avant qu’ils ne l’abattent, lui et sa femme.

Auteur d’articles sur la littérature policière, Marlowe’s Moral Code (1976) et Marxism and Mystery (1977), il a écrit avec sa femme, Joan H., une autobiographie, Three Weeks in Spring (1978). En 1989, il marie Philip Marlowe, dans Marlowe emménage, en terminant un manuscrit inachevé de Chandler. Il récidive avec Rêver peut-être…, sorte de suite au Grand sommeil dont il reprend les personnages, ce qui n’était pas indispensable. A la fin des années 1990, il crée un nouveau personnage, Sunny Randall, fille de policier qui est devenue détective privée et dont plusieurs enquêtes ont été traduites en français.

2008 année vraiment noire (I)

Publié dans Carnet noir Mercredi 11 février 2009

La série noire commence

Frédéric H. Fajardie

L’année 2008 a été marquée  par la disparition de plusieurs romanciers de premier plan. Frédéric H. Fajardie a quitté ce monde le 1er mai comme s’il avait voulu manifester une dernière fois son soutien aux luttes ouvrières. Il aurait fêté ses soixante et un ans le 28 août 2008. Né d’un père bouquiniste à qui il était reconnaissant de lui avoir appris « à juger les hommes sur leur pratique et non pas sur leur discours », il vit une enfance marquée par la pauvreté et la grisaille Lire la suite »

2008 année vraiment noire (II)

Publié dans Carnet noir Mercredi 11 février 2009

La série noire se poursuit

hillerman_photoTony Hillerman

Le 26 octobre, Tony Hillerman s’en va suivi par Michael Crichton le 4 et George Chesbro le 18 novembre. Hillerman, comme tous les auteurs évoqués ici  brièvement,  possède une œuvre unique. Cet humaniste qui a cotoyé tout jeune des Indiens, a situé pratiquement tous ses romans dans une réserve indienne navajo et créé deux personnages inoubliables, membres de la police tribale de la réserve indienne : le lieutenant Joe Leaphorn et son cadet Jim Chee, plus traditionnaliste et plus attaché aux coutumes de son peuple. Au gré de l’œuvre, les deux hommes agiront isolément, puis seront réunis. Lire la suite »

Dernier tramway pour les Champs-Elysées – James Lee Burke

Publié dans Carnet noir Mercredi 11 février 2009

burkeJe tiens James Lee Burke pour un auteur de romans noirs figurant parmi les plus brillants qu’il s’agisse des thèmes évoqués dans ses livres ou de son écriture parfaitement adaptée au sujet. Dernier tramway pour les Champs- Elysées constitue la treizième aventure de son héros préféré, Dave Robicheaux, inspecteur de la police criminelle de la paroisse d’Iberia. Ancien membre de l’association des Alcooliques Anonymes, il reste en permanence confronté à ses propres démons, la violence et l’alcool surtout depuis qu’il a perdu sa seconde épouse, des suites d’une maladie rare. Lire la suite »

Westlake ne nous fera plus rire

Publié dans Carnet noir Mercredi 4 février 2009

La loi des séries doit bien exister car après plusieurs décès d’auteurs de polars importants durant l’année 2008, un autre nom célèbre s’est rajouté à cette liste.

Donald Westlake au festival de Reims en 1981

Donald Westlake au festival de Reims en 1981

Le 31 décembre, alors qu’il se préparait à réveillonner avec son épouse à San Tancho, au Mexique, Donald Westlake décédait d’une crise cardiaque à l’âge de 75 ans. Avec Ed McBain et Elmore Leonard, il appartenait à un trio majeur d’écrivains qui débutait à la fin des années 50, succédant aux grands créateurs du roman noir que furent Dashiell Hammett, Raymond Chandler, Horace McCoy, William Burnett et quelques autres. Le relais fut repris de belle façon. McBain devint le meilleur raconteur de procédures policières, Elmore Leonard innova en utilisant les dialogues pour faire progresser l’action et Donald Westlake utilisa son humour et son imagination sans limite pour fustiger certains travers de la société américaine. Lire la suite »