EN DIRECT DE LA SEMANA NEGRA
amis y amigos. Voilà à présent cinq jours que je me trouve au coeur de cette étrange manifestation appelée semana negra qui se traduit en français par semaine noire. Si nous pouvons être fiers de l’usage du mot « NOIR » qui qualifie une espèce particulière d’ouvrages du genre policier (le mot noir étant hérité de la fameuse collection série noire que baptisa ainsi le camarade Jacques Prévert) les Espagnols et principalement ceux de Gijon peuvent s’enorgueillir d’avoir inventé par l’intermédiaire de l’ami Paco Ignacio Taibo II, le concept de la semaine noire. Déjà, celle-ci dure dix jours, ce qui est original. Si c’était ainsi toute l’année, au lieu de 365 jours, les années se dérouleraient en 520 jours. Vous imaginez combien de temps, nous aurions en plus dans toute une vie ? Nous aurions chaque année un bonus de 155 jours. Mais certainement le diable et ses sbires n’aimeraient pas ce changement. Quant aux politiques qui rêvent de reculer l’âge de la retraite à tous ceux qui sont obligés de perdre leur vie pour la gagner, ils feraient une drôle de tête.
Petite digression : certains commentateurs précisent toujours que les ministres vont prendre des mesures courageuses. Tremblons ! car chaque fois que la mesure est qualifiée de courageuse c’est qu’on va encore en prendre un coup dans les dents ou dans l’arrière-train si vous voulez faire plus réaliste. Une mesure courageuse serait de supprimer le régime de retraites de faveur appliqué aux ministres et aux députés pour qu’ils subissent comme tout le monde les mesures courageuses qu’ils souhaitent prendre. Car ces messieurs qui ont fait don de leur corps à la société et qui se dévouent sans compter pour le pays, partent tous à la retraite avec des pensions qui peuvent atteindre plus de 20.000 euros par MOIS. Fin de la digression.
Je reviens à la semana negra. Si vous voulez en connaitre le principe, rendez-vous sur mon site CALIBRE 47 – ou encore www.claudemesplede.com
pour lire mon premier article sur cette 23e semaine.
Sachez tout d’abord qu’en cinq jours, le temps a généralement été chaud avec quelques moments de fraîcheur dans la soirée. Les amis sans connaissance géographique doivent savoir que cette région espagnole ressemble furieusement à la Bretagne: même genre de paysages, et aussi des dolmens, une forte production de cidre, un instrument de type biniou et un climat dans lequel la pluie occupe un rôle intéressant.
DEPUIS jeudi soir, date de mon arrivée à Madrid, il s’en est passé des choses. Comme pas mal d’autres participants, j’ai pris le train noir, un train spécial qui rallie Madrid jusqu’à Gijon avec un arrêt buffet à Mieles del Camino où tous les voyageurs descendent du train et traversent une partie de la ville jusqu’à un gymnase où un gigantesque buffet froid servi sur des alignements de tables les attend. Lorsque trente minutes plus tard, la troupe repart s’embarquer, il est difficile de trouver la moindre miette sur les plats. Tout a été englouti. L’arrivée en gare de Gijon s’effectue vers 17h20. Dans le hall, un orchestre symphonique nous attend pour jouer des classiques hollywoodiens. Non prévu dans le programme, une manifestation syndicale fort active et bruyante (avec les fameuses trompettes d’Afrique du sud) empêche le concert de se poursuivre. Une des manifestantes est à terre avec trois membres de la police qui l’interpellent et visiblement l’embarquent dans un de leur véhicule ce qui aura pour effet, deux heures après, de retrouver les mêmes manifestants devant le musée du chemin de fer où doit se dérouler l’inauguration de la semana negra. En plus des slogans rodés quelques heures auparavant, est venu s’ajouter une exigence: libération de la camarade arrêtée dans la gare.
Ce n’est pas seulement parce que je fus et je reste un syndicaliste que ces manifestations me sont sympathiques (ma dernière visite en 2007, avec le même train, fut le théâtre d’une puissante démonstration syndicale pour la libration de deux syndicalistes accusés de vandalisme suite à la destruction de plusieurs lampadaires) mais aussi parce qu’elles témoignent que dans un pays où l’action syndicale connait des difficultés, il existe toutefois des résistants qui ne se résignent pas.
Un train spécial, avec un bar spécial (les boissons non alcooliques gratuites) est un endroit magique pour lier connaissance. J’avais posé sur la tablette de mon siège un roman publié chez Actes sud « la dernière enquête de l’inspecteur Rodriguez Pachon ». Un homme passe dans le couloir et s’arrête en me disant « mais c’est mon roman » et me voici en présence de l’auteur José Luis Munoz, citoyen de Grenade. Nous lions connaissance et échangeons nos cartes de visite. J’explique à José Luis qu’il a de grandes chances en 2011 de visiter Toulouse. Et les rencontres se poursuivent avec des amis très chers comme Carlos Salem et Cristina Fallaras ou avec de nouveaux auteurs croisés pour la première fois comme le britannique Ian Watson, auteur de science-fiction et du scénario du film de Spielberg « intelligence artificielle ». Ou encore comme le nord-américain Martin Cruz Smith dont j’ai rédigé l’article le concernant dans mon dictionnaire des littératures policières. Pour faire court, disons que fils d’un musicien de jazz et d’une indienne militante pour les droits de minorités, il est l’auteur d’une bonne vingtaine d’ouvrages si l’on compte ceux écrits sous pseudonymes. Dans sa série avec le flic moscovite Renko, la première enquête Parc Gorki fut portée à l’écran avec Lee Marvin dans ce rôle de flic. Pour ma part, mais on sait depuis longtemps que toute lecture reste subjective, je trouve que son meilleur roman s’appelle ROSE qu’on peut trouver en poche chez Presse Pocket. L’action se déroule dans un bassin minier du Royaume uni et les conditions d’exploitation des mineurs sont clairement énoncées. Un pasteur idéaliste qui veut améliorer le sort de ces forçats de la mine, disparaît. Un aventurier de retour d’Afrique, mène l’enquête. J’ai appris dans ce livre que les gens d’église, possédaient en ce temps là des mines mais pour connaître le reste de l’histoire, n’hésitez pas à vous procurer cet ouvrage. Ce qui saute aux yeux lorsqu’on examine la liste des quelques 150 invités, c’est le nombre de nouveaux jeunes auteurs ainsi que l’augmentation du nombre de femmes romancières. Cela me semble un phénomène très positif car chaque fois que les femmes s’emparent d’un problème, il y a nécessairement des résultats à la clé. Voici trois de ces nouvelles pionnières qui, à l’instar de Mary Roberts Rinehart (auteur du premier suspens) ou de Frances Noyes Hart (auteur du premier roman judiciaire) peuvent apporter une nouvelle originalité : Noemi G. Sabugal, journaliste espagnole, auteur de « El asesinato de Socrates » – Nerea Riesco, journaliste espagnole et écrivain, lauréate d’un prix littéraire pour El Pais de las mariposas, auteur de plusieurs romans historiques et je vais conclure pour aujourd’hui en vous citant le nom d’une journaliste argentine, Gabriela Cabazon, auteur de la Virgen cabeza, qui figure parmi les finalistes du meilleur premier roman; a demain.
VIVE LA SEMANA NEGRA DE GIJON
QUELQUES UNS DES PARTICIPANTS A LA SEMANA NEGRA AU DEPART DU TRAIN NOIR DE LA GARE DE MADRID, VENDREDI 9 JUILLET 2010
Voilà bien longtemps que je ne suis pas venu sur cette page mais l’actualité m’impose de changer d’habitude. L’actualité et aussi le fait que j’ai du temps libre. Tellement libre que j’ai le temps de venir écrire sur cette page.
L’actualité, en cette période de l’année, est un événement international qui n’a aucune équivalence dans le monde. Il s’agit de la semana negra organisée par l’auteur mexicain Paco Ignacio Taibo II. Durant la seule semaine au monde qui dure dix jours, près de 160 auteurs du monde entier se rencontrent et rencontrent le public évalué à un million de personnes sur l’ensemble de la manifestation. Les auteurs sont principalement originaires d’Espagne et d’Amérique du sud, mais il y a aussi des auteurs européens et nord-américains. Cette année, par exemple, les auteurs français sont Sébastien Rutes, Patrick Bard et Marcus Malte. Le même sympathique mélange est à la base du choix des participants. S’appuyant sur le vieux principe qui estime que « il n’y a pas de genre mineur mais seulement de bons et de mauvaise livres », PIT II invite des auteurs de polars (écrivains de noir, mais aussi de polars historiques et de thrillers) de science-fiction, de fantastique, des auteurs de BD, de comics et des photoreporters. Une véritable mosaïque de talents qui s’exercent dans diverses directions.
Dans sa présentation, PIT II est plus précis que moi. Il définit la semaine noire comme une grande fête littéraire qui n’a pas peur de faire des incursions dans la fête populaire. Pour saisir la réalité du propos, il convient de vous dire que la vingtaine de librairies et les lieux de débats et autres tables rondes littéraires sont disséminés au cœur d’une fête foraine géante, sorte de luna park au bord de la mer avec ses roues fantastiques et ses manèges géants qui président à cette gigantesque animation autour des livres que nous aimons.
PIT II reprend : « 147 auteurs de 14 pays, et venant de dix nations, des journalistes accrédités représentant 57 medias, des expositions, des concerts musicaux…
En ces temps sombres, la littérature paraît être le lieu unique où se développent la pensée critique et la pensée utopique ».
Voilà, j’étais vendredi 9 juillet à l’inauguration de cette fête populaire et littéraire. Mais auparavant il m’a fallu affronter l’adversité et le malheur. Je vous raconterai ça demain. Sachez que l’adversité c’est mon vol Easyjet Toulouse Madrid avec arrivée à presque une heure du matin dans un aéroport où j’ai dû de débrouiller pour gagner la capitale sans un euro en poche car aucun distributeur n’acceptait ma carte Visa. Heureusement un fan de polar et de Toulouse avec lequel j’avais sympathisé durant l’attente de Toulouse (Merci Philippe) m’a prêté un billet pour payer la course du taxi. Le malheur ! à peine arrivé à l’hôtel et prodigué un abrazo à PIT II et à Sébastien Rutés, Marina la fille de PIT II surgit en larmes pour nous annoncer la mort de Hernadez Luna, un talentueux écrivain mexicain dont je vous recommande la lecture de ses ouvrages traduits en français, notamment Iode et du tabac pour le puma ; A demain



