État de siège
Ancien ouvrier métallurgiste de Chicago, Eugene Izzi s’est fait connaître en France par quatre traductions qui décrivaient de façon très réaliste la pègre de Chicago, avec une écriture rugueuse et hachée, parfaitement adaptée à son sujet. Dans ce roman, son avant-dernier, il décrit et analyse ce mal intolèrable qu’est le racisme.
Chicago en flammes de Eugene Izzi (il s’est suicidé en 1996), constitue une remarquable fresque épique de plus de 500 pages centrée autour du racisme et des manipulations en tout genres. Le récit débute avec la mort d’un clochard noir abattu par un policier. Des leaders politiques et religieux opportunistes qui prêchent en permanence la haine du « serpent blanc » y voient une occasion de semer la haine. Un nouvel événement va le leur permettre : le meurtre de Rita, commandité par un avocat véreux et dont l’exécutant, pour masquer son crime, soudoie des Noirs pour simuler un affrontement entre gangs des rues au cours duquel la jeune femme, d’origine italienne, est abattue. L’enquête est menée par deux flics, Marshall Del Greco et Ellis Turner, d’origine noire. Del Greco (oncle de Rita), disparaît dans la nature et quelques jours plus tard, on retrouve le Noir qui a causé la perte de Rita, mort à son tour dans la rue. De nouveau, c’est l’escalade de la violence. Le révérend Africaan et son ami Crocodile, le fédérateur des gangs de rue lancent leurs troupes de chocs à l’assaut des quartiers blancs. De leur côté, les fascistes de la « Fraternité des Chrétiens Aryens » ripostent, mettant la ville en état de siège.
Si cette explosion de colère, habilement suscitée, marque l’épicentre du livre, celui-ci est consacré pour l’essentiel aux deux flics Del Greco et Turner qui, chacun à leur façon, vont mettre à nu les magouilles criminelles et politiciennes et tenter de les faire échouer, avec un final époustouflant de plus de 100 pages dans lequel Del Greco, radié de la police, poursuit sa quête pour châtier les commanditaires de la mort de sa nièce. Outre le souffle qui anime de bout en bout ce long récit qu’on lit d’une traite, Chicago en flammes n’est jamais manichéen et reste toujours profondément humain. Izzi analyse et décrit le phénomène raciste, ses causes, ses effets et il n’est pas tendre avec les manipulateurs de tout bords.
Bibliographie : Eugene Izzi, Chicago en flammes, Le Rocher « Thriller ». 534 pages. Réédition en poche. Rivages/noir n° , 650 pages.


