Mercredi 1er avril, rendez-vous gare de Lyon où j’embarque dans un train spécial qui me conduit à Dijon, puis en voiture jusqu’à Beaune (Côte d’or) où se tient jusqu’au dimanche le premier festival international du film. Le soir même projection du film de Bertrand Tavernier inspiré par le plus monumental des romans de l’étasunien James Lee Burke, Dans la brume électrique avec les morts confédérés. Le titre du film est plus court : Dans la brume électrique.
Tommy Lee Jones incarne à merveille le rôle de Dave Robicheaux et il est nettement plus crédible que Alec Baldwin dans une adaptation américaine précédente. Désormais on ne pourra lire Burke qu’en pensant à cet énorme acteur. Couronné par le Grand Prix de cette édition, ce film n’avait pas beaucoup de concurrents capables de l’égaler sinon un film danois Terribly Happy réalisé par Henrik Ruben Genz dont c’est le troisième long métrage. La façon de mener l’intrigue et la galerie des personnages du village perdu où se déroule le drame fait beaucoup penser à l’univers des frères Cohen et bien que l’amoralité des policiers soit affichée d’évidente façon, le jury composé de policiers a couronné ce film et lui a accordé le Prix Spécial Police.
Les deux autres films couronnés : Suspect X du japonais Hiroshi Mishitani (Prix de la critique) et Sólo quiero caminar de l’espagnol Agustín Díaz Yanes (Prix spécial du jury) m’ont surpris. Le film japonais s’étire mollement durant plus de deux heures avec un final redondant et à mon avis, raté. L’ensemble un tantinet soporifique m’a paru moins intéressant que New Town Killers, un film écossais de Richard Jobson avec un scénario tiré au cordeau et le jeune acteur Alastair Mackenzie séduisant par son jeu sobre et efficace. L’histoire est une chasse à l’homme moderne dans la lignée des Chasses du Comte Zaroff mais qui se déroule en terrain urbain. Le film espagnol semble dénoncer le machisme et met en scène trois femmes qui vont venger la soeur de l’une d’entre elles, tombée dans le coma après avoir été ejectée d’un véhicule roulant à vive allure. L’abus de scènes un tantinet outrancières en particulier plusieurs fellations individuelles ou collectives confère une certaine complaisance au film qui se laisse voir mais ne méritait pas d’être couronné.
À l’inverse, La Fille du lac de l’italien Andrea Molaioli, inspiré d’un roman de la norvégienne Karim Fossum, est un bon polar psychologique. Le commissaire Sanzio (Toni Servillo) enquête sur le meurtre d’une jeune femme. L’intérêt de l’histoire est de montrer la progression de l’enquête et en parallèle l’évolution de l’enquêteur confronté à une épouse atteinte de la maladie d’Alzeihmer et à une fille qui lui reproche de ne pas lui dire la vérité. Bien aimé aussi le film chinois de Hong-Kong The Beast Stalker qu’était venu présenter son réalisateur Dante Lam. De belle scènes de poursuites à pied et aussi en voiture. Outre les films, j’ai pu bavarder avec Georges Lautner et quelques autres monstres sacrés invités dans une ville accueillante dont les ressources culinaires et vinicoles sont exceptionnelles. Bref, j’ai été conquis par ce séjour et c’est sûr, je reviendrai à Beaune.


