La ville sans regard
Ce premier roman de Mathias Bernardi se déroule du 2 au 17 octobre 1942 dans Paris et sa banlieue sous occupation nazie. Le propos, parfaitement réussi, de l’auteur, est de dépeindre comment cette situation extrême favorise tous les possibles et secrète tous les drames.
Selon un procédé inauguré par James Ellroy, la narration, fort bien maîtrisée, s’articule autour de plusieurs personnages centraux au caractère bien trempé dans le cynisme et l’absence de moralité. Les plus abjects sont français : le chef gestapiste Gaillac et son adjoint Xavier Dailans. Celui-ci, lors de l’interrogatoire musclé d’un groupe de cheminots résistants, apprend qu’un convoi de tableaux volés par les nazis doit bientôt partir d’une gare proche à destination de Berlin. À l’insu de son chef, Dailans s’entoure de quelques spécialistes à sa solde et les membres de son petit commando, déguisés en soldats SS, assassinent les sentinelles du train pour dérober une douzaine de toiles de grande valeur. Le vol découvert, l’effervescence est de mise parmi les hauts gradés de l’armée allemande. Une enquête est confiée au commandant Vorminski qui parle couramment français. Il trouve un solide appui auprès de Thomas Lavrenti, un jeune policier français proche de la résistance mais désireux de se venger des gestapistes qui l’ont humilié puis battu à mort. Démasqué par son supérieur, Xavier Dailans est obligé de lui révéler les détails du vol tout en lui garantissant une grosse partie du butin. Mais pour assurer leur sécurité vis-à-vis des officiers nazis qu’ils côtoient quotidiennement, ils ne tolèreront aucune personne susceptible de les identifier. Pour ce faire, ils multiplieront les provocations, les assassinats, les chantages, les exécutions de résistants et d’otages et le récit s’achèvera de façon inattendue pour le lecteur mais tout à fait dans la logique de cette histoire très noire. Précisons qu’il ne s’agit pas d’une analyse sociologique de l’occupation, mais d’un thriller très efficace, bien construit avec des personnages forts et habiles en manipulation. La ville sans regard, premier roman du trentenaire Mathias Bernardi, constitue une belle réussite.
La ville sans regard fait partie des cinq romans français sélectionnés pour le prix du roman noir du Nouvel Observateur. Résultat le 31 mars.
Mathias Bernardi : La ville sans regard (JC Lattès), 412 pages, 18 euros.


