Présentation

Publié dans Histoire du roman noir Mercredi 4 février 2009

bmask1Le roman noir américain est né à la fin de l’année 1922 dans Black Mask, une revue populaire de nouvelles policières, imprimée avec du papier de médiocre qualité. Avant cette date le récit de détection constitue le genre dominant avec son policier ou son détective amateur habiles à démasquer le criminel dans le dernier chapitre. Le lecteur doit découvrir avec lui (et même avant lui) le coupable. Les décors sont ceux de la société bourgeoise coupés du monde extérieur. Le roman policier reste conformiste et sécurisant. Dormez en paix citoyens, la police veille à votre sécurité !

A la place du coquet et prétentieux détective de salon, un aventurier au coup de poing facile surgit. Son langage est populaire. La césure s’opère alors entre les deux genres et le noir s’incruste. Avec lui le bien et le mal ne sont pas toujours où les apparences l’indiquent ; le bien et le mal ne sont pas toujours où ils devraient être. Dès lors, le roman noir incarne l’ambiguïté du monde et de l’être humain, il génère le doute. Quelques uns de ses pères nourriciers sont sceptiques sur l’avenir de l’humanité. Ils ont connu la grande boucherie de la guerre de 1914-18. Certains y ont même participé. Dans leur propre pays l’affrontement social est violent, le mouvement syndical réprimé, l’alcool interdit. Le gangstérisme et la corruption battent leur plein. Ils sont les premiers à intégrer ce matériau brut dans des récits de fiction pour leur donner une apparence de réalisme. Le détective n’est plus homme de moquette. Il travaille à son compte, solitaire et opérationnel tous terrain. Il a vécu. Il en a vu. Insensible, on le surnomme hard-boiled (dur-à-cuire). Révolté par la lâcheté et l’hypocrisie de la société ambiante, il en recherche les vérités cachées.

La France a baptisé ce type de récit du nom de roman noir. Une dénomination réductrice. Le roman noir bmask2n’est pas seulement une histoire de détective privé. Les romanciers des générations suivantes ont diversifié thèmes, personnages, écriture. Enquête, mystère, dénonciation sociale, étude de moeurs, voyage initiatique, mal de vivre, le roman noir peut aussi être cela. Parfois même, il ne contient ni crime, ni enquête mais il continue de parler du monde, de l’individu paumé et des puissance occultes qui le manipulent et on y croise rarement des gens heureux car ceux-ci n’ont pas d’histoire. Dans les pages de cette rubrique, nous allons raconter plus dans le détail l’histoire du roman noir en espérant corriger cette erreur assez répandue qui consiste à appeler roman noir le moindre texte dans lequel officie un personnage glauque et pervers.