
Pourquoi Jules Maigret est-il populaire ?
2007 fut considérée comme l’année Maigret avec le soixante-quinzième anniversaire (1) de la naissance de Jules-Amédée-François Maigret, commissaire divisionnaire de la PJ (police judiciaire), chef de la brigade criminelle, Quai des Orfèvres, à Paris. Un fabuleux policier, connu de toute la planète et qui a inspiré tant de clones ! N’avez-vous pas déjà lu dans la presse ce type de citation « untel considéré comme le Maigret écossais », ou encore « tel autre connu comme le Maigret italien ». Bref, l’homme a fait le tour du monde et pour célébrer son anniversaire, les éditions des Presses de la Cité ont publié à partir de l’année 2007, l’intégrale (2) de ses cent trois enquêtes en dix volumes qui rassemblent par ordre d’écriture les soixante-quinze romans et les vingt-huit nouvelles où Maigret apparaît.
Qui est Maigret ?
Mais qui est donc ce singulier enquêteur aujourd’hui devenu universel ? Né de l’inspiration de Georges Simenon, à l’époque jeune journaliste, c’est un fonctionnaire solitaire, solidement bâti, souvent bougon, au physique ordinaire. Né dans le Bourbonnais, à Saint Fiacre (où son père était régisseur du château) ce fils de paysan au comportement empreint d’une grande simplicité, entame des études de médecine bientôt abandonnées. Il s’installe à Paris, intègre la police comme gardien de la paix puis il gravit les échelons hiérarchiques grâce à son seul mérite. Entamant une enquête avec l’absorption d’un petit alcool, il la termine d’identique façon. Amateur de sandwiches qu’il déguste arrosés d’une bière, il emprunte volontiers des taxis, porte le chapeau melon, puis le feutre et adore fumer la pipe. Lorsqu’il épouse Louise, femme simple à son image, le couple s’installe au 130 boulevard Richard Lenoir. Sans enfant, Maigret est un homme de son époque dont le quotidien est entièrement pris en charge par son épouse qu’il appelle madame Maigret.
Pas glamour, mais attachant !
Comment cet individu conformiste, normatif, presque besogneux et pas glamour du tout, est-il devenu un personnage romanesque attachant qui a séduit des millions de lecteurs ? Cette reconnaissance universelle est sans doute la résultante de deux phénomènes : le caractère fondamental du personnage et l’incroyable talent de son créateur pour le mettre en scène. André Gide ne disait-il pas que Simenon était le plus grand écrivain de ce siècle ? Maigret est avant tout le commissaire des petites gens. Il s’intéresse aux histoires intimes des uns, des autres et à leur destin et l’indique lui-même : – « vous vous mêlez à la vie des gens ; vous vous occupez davantage de leur mentalité et même de ce qui leur est arrivé vingt ans auparavant, que d’indices matériels » (Maigret, 1934). Quelques années plus tard, il précise encore davantage le secret de sa réussite : « Dans tous les cas, il s’agit de connaître. Connaître le milieu où le crime est commis, connaître le genre de vie, les habitudes, les mœurs, les réactions des gens qui y sont mêlés, victimes, coupables ou simples témoins. Entrer dans leur monde sans étonnement, de plain-pied et en parler naturellement le langage ». (Les Mémoires de Maigret, 1951). Obstination, humanisme et bonté conditionnent la psychologie dont il fait preuve pour comprendre les êtres avant de les juger. Comme une éponge, Maigret s’imprègne de l’atmosphère, des personnages et des éléments du drame. Son empathie pour la classe dont il est issu, cimente sa connaissance et sa compréhension de la condition humaine tout au long des cent trois enquêtes où il intervient, compréhension qui ne reste pas sans effet sur le lecteur. D’ou le grand intérêt à lire et relire Georges Simenon dont l’œuvre n’a guère pris de rides malgré le temps. Son écriture fluide et resserrée, d’une apparente simplicité à l’image de son héros, se reconnaît entre mille. Il existe une association des amis de Georges Simenon présidée par le critique et romancier belge Jean-Baptiste Baronian. Ouverte sans condition à tous ceux qui apprécient l’œuvre de Simenon, cette association publie chaque année des textes inédits uniquement réservés à ses adhérents.

| EN SAVOIR PLUS Association des amis de Simenon. Cotisation annuelle : 30 euros payables par chèque bancaire au nom de Michel Schepens, 291 Beigemsesteenweg – B 1852 BEIGEM, Belgique. (1) À dire vrai, les premiers volumes de Maigret furent publiés en 1931 et le personnage naquit sous la plume de Simenon deux ou trois ans plus tôt, lors d’une panne de bateau dans un port hollandais. (2) en mai 2007, paraissait le cinquième volume de cette intégrale. L e dixième et dernier tome est sorti en février 2008. (3) Tout Maigret en dix volumes chez Omnibus Presses de la Cité. Chaque volume rassemble sept à huit romans, soit de 930 à 1050 pages, 24,50 euros |


