Donald Westlake (1933-2008) 2e partie

Publié dans Etudes et articles Mercredi 4 février 2009

II. Les Personnages

John Archibald Dortmunder

westlake-pourquoi-moiLors de sa première apparition, dans Pierre qui brûle (The Hot Rock, 1970), Dortmunder est âgé de trente-sept ans. Chômeur depuis de longues années, il monte régulièrement des coups (toujours sans arme) pour pouvoir subsister. Mais ses expéditions se révèlent la plupart du temps infructueuses. Ainsi, durant le cambriolage d’un magasin de fourrure, il se trompe d’étage ou bien la boutique qu’il a décidé de voler a fait faillite entre le moment du repérage et celui du vol. Personnage malchanceux, il ne se laisse pas pour autant ébranler par les événements malheureux qui marquent son existence.

Il vit aux crochets de sa compagne May, caissière chez Bohack, la grande surface où ils se sont rencontrés. Elle l’avait surpris en train de voler mais, émue par son air abattu, elle ne l’a pas dénoncé et l’a laissé repartir après avoir glissé du fromage en tranche et de la mortadelle sous ses aisselles.

Les associés de Dortmunder sont plus infortunés encore que lui : Andy Kelp (Andrew Octavian), notamment, est un véritable porte-poisse qui attire toute la guigne du monde sur l’équipe. Cette sympathique bande de ratés a l’habitude de se réunir dans l’arrière-salle du bar-grill O.J. d’Amsterdam Avenue, où officie le barman Rollo.

Chaque compagnon a sa boisson préférée : Dortmunder, le double bourbon glaçons, spécial maison Amsterdam ; Tout P’tit (Tiny Bulcher), une grosse brute, la vodka vin rouge ; Ralph Winslow, le whisky de seigle à l’eau plate ; et Stan Murch, la bière à laquelle il rajoute du sel pour augmenter la mousse. Ce dernier, comme sa mère M’ma Murch (chauffeur de taxi), est un cinglé de voiture (il en vole souvent qu’il refile à des vendeurs d’occasion) et passe le plus clair de son temps à écouter des disques de courses automobiles d’Indianapolis pour griser ses tympans de pétarades. Peut-être est-ce pour cette raison qu’il habite en bordure du périphérique.

Dortmunder peut aussi compter, suivant les événements, sur Roger Chefwick, un passionné des modèles réduits de trains H.O. ; Alan Greenwood, comédien de télévision et casseur à l’occasion ; Herman X., un Noir activiste gauchiste, ou encore Victor, le neveu de Kelp, renvoyé du FBI pour avoir inondé de suggestions la boîte à idées. Quelle que soit la composition de l’équipe, on peut être assuré que le coup se terminera de façon catastrophique, mais toujours dans la joie et la bonne humeur.

POUR EN SAVOIR PLUS

Pierre qui brûle (The Hot Rock, 1970) Série Noire n° 1392 (1971) et sous le titre Pierre qui roule nouvelle traduction Rivages/Noir n° 628 (2007) ; Le Paquet (Bank Shot, 1972) Série Noire n° 1551 (1973) ; V’là aut’ chose ! ( Jimmy the Kid, 1974) Super Noire n° 34 (1976) et sous le titre Jimmy the Kid, traduction intégrale Rivages/Noir n° 554 (2005) ; La Joyeuse magouille (Nobody’s Perfect, 1977) S n° 114 (1978) ; Ça n’arrive qu’à moi (Why Me ?, 1983) Série Noire n° 1946 (1984) et sous le titre Pourquoi moi ?, traduction intégrale Rivages/Noir n° 601 (2006); Le Ciel t’aidera ? (Good Behavior, 1985) Série Noire n° 2120 (1988) ; Histoire d’os (Don’t Ask, 1993) Rivages/Thriller (1996) ; Au pire qu’est-ce qu’on risque ? (What’s the Worst That Could Happen ?, 1996) Rivages/Thriller (2001) ; Mauvaises nouvelles (Bad News, 2001) Rivages/Thriller (2002); Les Sentiers du désastre (The Road to Run, 2004) Rivages/Thriller (2006).

Parker

Il est rare qu’un truand devienne héros de série. Parker, créé en 1962 par Donald Westlake, fait partie de ces westlake-point-de-non-retourexceptions. Sa saga compte dix-huit aventures. Son créateur, qui signa ses ouvrages du pseudonyme de Richard Stark, le présente ainsi : « Un personnage de la Dépression, une sorte de Dillinger mythifié devenu machine. » Parker est un criminel, certes, et qui vit du grand banditisme. Mais il n’agit pas comme un professionnel et ressemble plutôt à un artisan indépendant ; il revendique avec force un individualisme qui frise l’anarchisme. Pourtant, son refus de s’intégrer est avant tout une arme contre la mainmise de la Mafia sur le monde souterrain. Son indépendance est son bien le plus précieux. Son physique au charme trouble est fascinant : massif et poilu, les épaules droites et carrées, les bras trop longs, le visage comme « un bloc de béton mal taillé, percé de deux yeux d’onyx pailleté, la bouche, une cicatrice exsangue… » S’il tue, c’est toujours pour préserver sa sécurité. Il le fait avec un incroyable sang-froid, une attitude qui le caractérise pleinement : « Jamais d’amour, jamais de haine pour personne. » D’ailleurs Westlake n’a pas donné de prénom à son personnage, qui vit dans une solitude totale, comme s’il avait voulu le priver de la possibilité d’une intimité et d’une vie affective. Sa solitude fait sa force, notamment face à l’Organisation. Parker, intelligent et efficace, possède un magnétisme singulier.

Autre personnage de cette série, Grofield est un homme de théâtre. Méticuleux, veillant à mettre tous les atouts de son côté, il se garde bien de tuer qui que ce soit. L’argent que lui rapportent les coups auxquels il participe lui sert à poursuivre ses activités artistiques. Il apparaît à diverses reprises aux côtés de Parker et est à l’honneur dans quatre titres : L’Oiseau noir, Les Citrons ne mentent jamais, La Demoiselle et La Dame.

A la fin des années 1990, Westlake a repris le personnage de Parker dans cinq nouvelles aventures : Comeback (1997) ; Backflash (1998), Payback (1999), Flashfire (2000) et Firebreak (2001).

POUR EN SAVOIR PLUS

westlake-mise-a-sacComme une fleur (The Hunter, 1962) Série Noire n° 808 (1963) ; Peau neuve/Parker fait peau neuve (The Man with the Getaway Face, 1963) Série Noire n° 854 (1964) et Carré Noir n° 184 (1974) ; La Clique/Parker part en croisade (The Outfit, 1963) Série Noire n° 870 (1964) et Carré Noir n° 185 (1974) ; Pour l’amour de l’or (The Mourner, 1963) Série Noire n° 885 (1964) ; En coupe réglée/ Parker fait main basse (The Score, 1964) Série Noire n° 958 (1965) et Carré Noir n° 186 (1974) ; Rien dans le coffre (The Jugger, 1965) Série Noire n° 1025 (1966) ; Le Septième homme (The Seventh, 1966) Série Noire n° 1089 (1966) ; Sous pression/ Parker rafle la mise (The Handle, 1966) Série Noire n° 808 (1963) et Carré Noir n° 187 (1974) ; Travail aux pièces (The Rare Coin Score, 1967) Série Noire n° 1187 (1968) ; La Demoiselle (The Damsel, 1967) Rivages/Noir n° 41 (1987) ; Le Divan indiscret/Parker reprend son vol (The Green Eagle Score, 1967) Série Noire n° 1207 (1968) et Carré Noir n° 188 (1974) ; Blanc-bleu noir (The Black Ice Score, 1968) Série Noire n° 1260 (1969) ; La Dame (The Dame, 1969) Rivages/Noir n° 170 (1993) ; Un petit coup de vinaigre (The Sour Lemon Score, 1969) Série Noire n° 1309 (1969) ; L’Oiseau noir (The Blackbird, 1969) Série Noire n° 1401 (1971) ; Le Défoncé/Parker sonne l’hallali (Deadly Edge, 1971) Série Noire n° 1449 (1971) et Carré Noir n° 189 (1974) ; Les Citrons ne mentent jamais (Lemons Never Lie, 1971) Série Noire n° 1457 (1971) ; Planque à Luna Park (Slayground, 1971) Série Noire n° 1472 (1972) ; Portraits gratis (Plunder Squad, 1972) Série Noire n° 1613 (1972) ; Signé Parker (Butcher’s Moon, 1974) Super noire n° 23 (1974) ; Comeback (Comeback, 1997) Rivages/Thriller (1998) ; Backflash (Backflash, 1998) Rivages/Thriller (2001) ; Flashfire (Flashfire, 2000) Rivages/Thriller (2003) ; Firebreak (Firebreak, 2001). Rivages/Thriller (2005)

Mitch Tobinwestlake-couve-tucker-coe

Créé en 1967 par Westlake sous le pseudonyme de Tucker Coe, Mitch Tobin est présent dans cinq romans. C’est un flic cassé pour faute grave. Son adjoint a été tué par un gangster pendant qu’il prenait du bon temps avec la femme d’un truand emprisonné. Sans travail, Tobin se sent doublement coupable: il vit aux crochets de sa femme alors qu’il estime l’avoir trahie. Bon enquêteur, il n’obtient cependant pas sa licence de privé. Il occupe son temps à tenter d’expier sa faute en construisant un interminable mur dans son jardin et en creusant un second sous-sol dans sa cave. Il est parfois arraché à cette nouvelle tombe de Caïn par des marginaux qui ne peuvent s’adresser ni à la police, ni à un privé.

POUR EN SAVOIR PLUS

[série mitch tobin/ sous le pseudonyme de tucker coe] Chauffé à blanc (Kinds of Love, Kinds of Death, 1967) Série Noire n° 1176 (1968) ; Le Sang des innocents (Murder among Children, 1968) Série Noire n° 1235 (1968) ; Alerte aux dingues (Wax Apple, 1970) Série Noire n° 1377 (1970) ; Tantes à gogo (A Jade in Aries, 1970) Série Noire n° 1452 (1971) ; Le Poster menteur (Don’t Lie to Me, 1972) Série Noire n° 1590 (1973).