2008 année vraiment noire (I)

Publié dans Carnet noir Mercredi 11 février 2009

La série noire commence

Frédéric H. Fajardie

L’année 2008 a été marquée  par la disparition de plusieurs romanciers de premier plan. Frédéric H. Fajardie a quitté ce monde le 1er mai comme s’il avait voulu manifester une dernière fois son soutien aux luttes ouvrières. Il aurait fêté ses soixante et un ans le 28 août 2008. Né d’un père bouquiniste à qui il était reconnaissant de lui avoir appris « à juger les hommes sur leur pratique et non pas sur leur discours », il vit une enfance marquée par la pauvreté et la grisaille Avant de pouvoir vivre de sa plume grâce à sa passion pour l’écriture, Fajardie (de son vrai patronyme Ronald Moreau) quitte le lycée en seconde suite à un accident de son père et se met au travail. Après son service militaire il décroche le baccalauréat en candidat libre, entre à la fac de Jussieu et obtient trois licences (histoire, lettres, sociologie) et deux maîtrises. En 1978, il enseigne durant quelques mois l’histoire et la géographie dans une institution privée. L’année suivante il publie enfin son premier roman Tueurs de flics dans lequel le commissaire Antoine Padovani traque des tueurs qui découpent ses collègues. Ce personnage à la fibre antifasciste est assez mal vu ce qui lui vaut d’hériter des affaires les plus dangereuses malgré la protection de son Tonton, haut fonctionnaire au passé héroïque mais qui l’a foulé aux pieds en trempant dans des tas de magouilles politico-policières. Padovani intervient dans cinq autres récits : La Théorie du 1%, Le Souffle court, Polichinelle mouillé, Patte de velours et Full Speed. Fajardie a écrit aussi des romans historiques ou sociaux, notamment un recueil d’entretiens avec les salariés de Metaleurop. Il a renouvelé avec bonheur le roman de cape et d’épée grâce à une saga de plusieurs épisodes consacrée à une bande de justiciers, Les Foulards rouges. Jusqu’à son dernier souffle, il aura été aux côtés de ceux qui luttent pour plus de justice sociale et son œuvre en porte à jamais témoignage.

Francis Lacassin

Francis Lacassin

Janvillem Van de Wetering

Le Hollandais Janvillem Van de Wetering nous quitte le 4 juillet. Issu d’un père dirigeant   de multinationale, il avait préféré renoncer à une carrière d’industriel pour écrire des polars. Adepte du zen et bourré d’humour, il a créé une série policière absolument unique dans le genre avec un trio de policiers bataves d’une rare tolérance avec les citoyens. J’ai eu l’occasion d’animer un débat public avec lui et aussi l’auteur américain Bob Leuci, surnommé le prince de New York (une autre histoire surprenante).  Van de Wetering esquivait mes questions lorsqu’il n’avait pas envie de répondre et s’amusait comme un fou de cette situation inconfortable pour moi. Il était plein d’humour et je garde de ce moment, lors d’un des premiers festivals de Frontignan, un excellent souvenir.

Francis Lacassin

Au mois d’août c’était au tour de Francis Lacassin de tirer sa révérence. On doit à ce  chercheur infatigable d’avoir redécouvert de grands pans de la littérature populaire, notamment Jack London et l’intégrale de son œuvre.

Ma première rencontre avec Gregory McDonald. 1997, Saint-Malo.

Ma première rencontre avec Gregory McDonald. 1997, Saint-Malo.

Gregory McDonald

Le 7 septembre, Gregory McDonald, brillant journaliste, créateur de Fletch, un personnage effronté et rebelle à son image, à son tour nous quittait. II s’illustra en France avec Rafael derniers jours un roman qui raconte comment un pauvre Mexicain vend sa propre mort filmée par caméra pour obtenir quelques dollars qui nourriront sa famille. Il y a quelques années, McDonald avait créé une association pour s’opposer aux fascistes du Ku Klux Klan. Je l’ai rencontré à deux reprises. La première fois à Saint-Malo en 1997. À cette époque, la direction du Fleuve noir m’avait  invité à déjeuner en compagnie du romancier. Le repas s’est déroulé comme dnas un rêve. Gregory était agréablement étonné que je connaisse tous ses livres et puisse lui en parler avec chaleur. La même chose m’tétait arrivé deux ans auparavant avec Ed McBain dans un dîner en tête à tête ou presque (il y avait des interprètes car je ne pipe pas un mot d’anglais) et où à la fin du repas, en voiture Simone pour les blagues salaces.  J’avais revu Gregory deux ou trois ans plus tard à Frontignan, justement l’année où était également présent Van de Wetering.

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Débat à la librairie Ombres Blanches, Toulouse. James Crumley , Claude Mesplède.

James Crumley

Dix jours après la mort  de Gregory, celle de James Crumley, le célèbre citoyen de Missoula dans le Montana, est annoncée. Certainement un des auteurs américains qui figure parmi les plus populaires en France où il fut traduit dès les années 80, on retiendra ses personnages de détectives. L’aîné, Milton Chester « Milo » Milodragovitch figure parmi les privés les plus allumés du genre au niveau de l’alcool et de la drogue mais sur ce terrain, son cadet Wayne Sughrue ne lui cède en rien. Un des livres de Crumley parmi les plus réussis reste sans doute Les Serpents de la frontière où les deux héros s’unissent pour affronter de redoutables tueurs mexicains. J’ai rencontré James une première fois en 1987 au festival de Grenoble. Je l’avais convié  au stand des éditions du Mascaret où je dirigeai ma première collection de r omans noirs et il avait dégusté foie gras et champagne. Par la suite, nos routes se croisèrent à de multiples reprises. La dernière fois, c’était à Toulouse où j’animais un débat en sa compagnie dans une librairie de la ville. Solide buveur, il m’avait invité plusieurs fois à Missoula en appuyant son  invitation de cette phrase « je paie les douze premières ». Il s’agissait de  bouteilles de bière. Mais je n’ai jamais été à Missoula.

POUR EN SAVOIR PLUS

Janvillem Van de Wetering, Le Papou d’Amsterdam (Rivages/Noir) ; Francis Lacassin , Mémoires (Le Rocher) ; Gregory McDonald, Rafael, derniers jours (Fleuve Noir) ; James Crumley, Les Serpents de la frontières (La Noire, Gallimard).